"Les Américains pensent que Trump au pouvoir, ce sera l'Amérique exceptionnelle qui remarche"

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Éditorialiste au New York Times, Roger Cohen revient sur le débat Trump-Clinton de lundi dernier. Si, pour lui, Trump n'a été bon que dans les premières minutes de la confrontation, il a de réelles chances d'accéder à la Maison-Blanche.

INTERVIEW

Après une joute verbale de 90 minutes, lundi dernier, entre les deux candidats à la Maison-Blanche, les premiers sondages et les commentateurs donnaient la candidate démocrate, Hillary Clinton, victorieuse. Mais l'issue du débat n'est peut-être pas aussi manichéenne. Roger Cohen, journaliste et écrivain britannico-américain, éditorialiste au New York Times, met en valeur les atouts de Donald Trump dans C'est arrivé cette semaine, samedi.

"Trump a commencé fort". "Tous les Américains savent qui est cet homme. La moitié d'entre-eux savent que ce n'est pas un homme qui devrait avoir son bureau à la Maison-Blanche, mais pour les autres, il reste un candidat viable", décrit le journaliste. Quant au débat télévisé, Roger Cohen estime que "Trump a commencé fort avec l'unique thème qu'il a : le libre-échange, le commerce extérieur, avec la question de savoir si les Etats-Unis ont été trop accueillants envers la Chine, le Mexique. Et Hillary Clinton a beaucoup changé d'avis sur ce dossier, donc il a marqué des points. "

"Il ne pensait peut-être pas aller si loin." Au-delà de ces premières vingt minutes plutôt brillantes, le journaliste pense que la performance de Trump est devenue "lamentable". "Donald Trump est très paresseux. Il est dans cette campagne depuis plus d'un an. Il ne pensait peut-être pas vraiment aller si loin. Il n'a jamais vraiment étudié un dossier. Hillary Clinton était calme, était cohérente et lui agressif et incohérente." Pour le spécialiste, si l'on juge de manière conventionnelle, la candidate démocrate a effectivement gagné. Sauf que cette "campagne n'est pas du tout conventionnelle", pointe Roger Cohen. 


"Voter pour lui quand même". Dans l'Amérique profonde, ou tout simplement au-delà de l'establishment, "les gens veulent le changement", qui n'est pas incarné par Hillary. Parti de New York pour le Kentucky, Roger Cohen a récolté ce témoignage qui illustre cette envie de changement : "Donald Trump avec sa main sur le bouton nucléaire, c'est inquiétant et c'est possible qu'il nous mènera à la guerre. Mais, à la fin, on va voter pour lui quand même."

Le journaliste explique cette envie de mettre un coup de pied dans le système par le fait que "des Américains ont l’impression que Barack Obama n'a pas fait l'éloge des Etats-Unis. Ils pensent que Donald Trump au pouvoir, ce sera l'Amérique exceptionnelle qui remarche".

Les infidélités de Bill Clinton à l'ordre du jour du prochain débat ? Il faut ajouter à ce schéma le manque de confiance à l'égard d'Hillary Clinton. "Les Clinton sont dans ou autour de la Maison-Blanche depuis un quart de siècle. Ils ont une fondation qui a fait beaucoup de bonnes chances mais où il n'est pas très clair de savoir où va l'argent. Les jeunes ne se motivent pas pour elle." Le prochain face à face aura lieu le 9 octobre.

"Trump menace tout le temps de parler des infidélités de Bill Clinton... Est ce qu'il le fera ? Possible. Je ne sais pas ce que serait la réaction d'Hillary. Je pense qu'elle est préparée à ça. Elle était très bien préparée pour le premier débat. Ma réponse est que ce ne serait pas payant. " Sur l'issue finale, en revanche, le journaliste garde "un sentiment de malaise" et se dit "pas confiant. J'ai le sentiment qu'il pourrait gagner."