Le Yémen est "dans une situation de guerre civile"

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Le Yémen est "dans une situation de guerre civile"
@ AFP
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INTERVIEW E1 - Franck Mermier, spécialiste du Yémen, décrypte les raisons de l’aggravation du conflit dans ce pays bombardé par l’Arabie saoudite.

Un pays écartelé entre un président légitime et un pouvoir insurrectionnel, des bombardements menés par une coalition arabe et des dizaines de morts : depuis plusieurs jours, le conflit s’aggrave au Yémen et le pays semble plonger dans le chaos. Pourquoi le pays s’embrase-t-il ? Réponse avec Franck Mermier, chercheur au CNRS et spécialiste du Yémen. 

Qui dirige le Yémen aujourd’hui ? Il y a aujourd’hui deux pouvoirs au Yémen. Le président légitime, Hadi, qui a dû fuir [la capitale] Sanaa pour se retrancher à Aden, est en train de défendre ce qui lui reste de pouvoir. Ce président, élu en 2012, est reconnu par la communauté internationale et par les pays riverains du Yémen. Il est attaqué par un pouvoir insurrectionnel, installé à Sanaa et constitué par une milice, les Houthis, qui sont zaydistes, une branche du chiisme. Leurs revendications sont avant tout politiques, même s’ils se réclament d’une idéologie religieuse. Ils prétendent lutter contre la corruption et poursuivre le mouvement révolutionnaire de 2011, mais ils veulent surtout prendre le pouvoir. C’est pour cela qu’ils sont alliés à l’ancien président Saleh, qui a été obligé de démissionner en 2011 après la révolution. 

Pourquoi l’Arabie saoudite a-t-elle décidé de former une coalition contre les Houthis ? Cette décision était inéluctable. L’Arabie saoudite voyait sur son flanc sud, à ses frontières, un pouvoir inféodé à l’Iran s’installer à Sanaa : c’était insupportable. Non seulement l’implantation de l’Iran au Yémen fait peur aux pays riverains, mais il ne faut pas oublier que le contexte régional est extrêmement brûlant, avec la guerre en Syrie et les négociations sur le nucléaire. Tout cela fait craindre à l’Arabie saoudite et à l’Egypte [qui fait aussi partie de la coalition] une expansion de l’Iran dans la région.

Le Yémen constitue-t-il une base arrière pour les terroristes ? Effectivement, Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa) s’est constitué en janvier 2009, avec la fusion des branches saoudiennes et yéménites. Il y a une surenchère djihadiste avec l’apparition de l’Etat islamique au Yémen, on l’a vu il y a peu avec l’attentat féroce dans deux mosquées de Sanaa. Et d’une certaine façon, Aqpa a été revigoré par l’expansion des rebelles chiites : ils ont transformé leur combat en un combat contre les chiites, qu’ils considèrent comme des hérétiques. Mais dans le même temps, même s’ils ont des bastions et ont pris des casernes, ils font aussi face à une opposition féroce de la part de l’armée yéménite.

Comment sortir le Yémen du chaos ? On est dans une situation de guerre, interne et civile, qui va durer encore quelques semaines. Les combats sont féroces à Aden. Mais la coalition a dit que le but de tout cela, c’est de forcer les Houthis à aller à la table des négociations à Ryad, à laquelle tous les acteurs politiques du Yémen sont invités. Reste à savoir si ces frappes intensives vont pouvoir acculer les Houthis à y revenir.

Retrouvez l'interview de Franck Mermier dans son intégralité :



Pourquoi le Yémen s'embrase ?par Europe1fr

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