Le Sénat italien limite radicalement son pouvoir

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Le Sénat italien limite radicalement son pouvoir
Matteo Renzi, le chef du gouvernement italien@ ANDREAS SOLARO AFP
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RÉFORME - Matteo Renzi a enclenché ce qui s’apprête à être la plus grosse réforme constitutionnelle jamaisréalisée en Italie dans l’après-guerre.

Le chef du gouvernement italien Matteo Renzi a fait un pas décisif mardi sur la voie du changement, avec l'adoption par le Sénat d'une loi le réformant radicalement, censée donner à l'Italie une stabilité gouvernementale inédite dans son histoire récente.

Cette réforme constitutionnelle, la plus importante de l'après-guerre, a été adoptée par 179 voix pour, 16 voix contre et 7 abstentions. Elle prévoit la fin du bicaméralisme parfait existant actuellement en Italie.

Fin de la paralysie politique. Ce choix, jugé indispensable en 1947 pour éviter tout retour au fascisme, a conduit aussi le pays à une forme de paralysie politique et d'instabilité gouvernementale. Pas moins de 63 gouvernements se sont succédé en Italie depuis l'après-guerre. "L'ère de la politique qui ne mène rien à son terme est terminée", s'est félicité sur ce point Matteo Renzi sur sa page Facebook.

Ce qui va changer. Le Sénat, qui ne comptera plus que 100 élus contre 315 actuellement, ne votera plus la confiance au gouvernement et ne s'occupera que d'un nombre limité de lois. Le président du Conseil italien, qui avait promis en février 2014 en arrivant au pouvoir d'envoyer "à la casse" la vieille Italie, ne compte pas s'arrêter là. Le vote au Sénat devrait l'y aider. "Les réformes se font, l'Italie change. En avant toute, plus décidés que jamais", a affirmé mardi Matteo Renzi.

Ce projet est l'une des pièces maîtresses dans sa stratégie de modernisation du pays. Un succès qu'il compte bien mettre en avant auprès de la Commission européenne, appelée à examiner prochainement le projet de budget italien. Le conseil des ministres devrait l'approuver jeudi, avant de le remettre aux autorités européennes, auprès de qui Matteo Renzi espère obtenir la flexibilité budgétaire jugée indispensable pour ranimer une croissance encore timide.

"Réformer un pays irréformable". "C'est une grande victoire pour Renzi. Avec ce succès il fera voir à l'Italie et à l'Europe qu'il est capable de réformer un pays irréformable", a jugé pour sa part le politologue Roberto D'Alimonte, professeur à l'université Luiss de Rome.

"C'est une réforme dont le pays avait vraiment besoin, le système politique italien était devenu absolument ingérable. Le pays était paralysé et il l'a été pendant trop longtemps", a renchéri de son côté le professeur Franco Pavoncello de l'université américaine John Cabot de Rome, interrogé par l'AFP.

En revanche, cette réforme ne séduit pas l’ancien chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, pour qui c’est "un système dangereux qui met un homme seul aux commandes".

Encore un vote pour entériner le texte et un référendum. Le vote des sénateurs mardi représente le dernier passage délicat pour Matteo Renzi, contesté par la minorité de gauche de son Parti démocrate (PD, centre gauche) pour certaines de ses réformes, jugées trop libérales. Il y aura un nouveau vote à la Chambre des députés qui devrait simplement entériner le texte adopté au Sénat, puis un nouveau passage rapide au Sénat, sans débat, avant un référendum, vraisemblablement vers la mi-2016.

En cas de victoire très probable du oui, cette réforme constitutionnelle pourra alors entrer en vigueur avant les élections législatives prévues en 2018.