Le scénario de l'opération au Niger

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Le scénario de l'opération au Niger
@ REUTERS
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Le déroulement de l'opération qui visait à libérer les deux otages français se précise.

Les conditions de l'opération qui visait à libérer Vincent Delory et Antoine De Léocour, les deux otages enlevés la semaine dernière au Niger, se précisent . Les soldats français seraient tombés face à des hommes en uniformes de la gendarmerie nigérienne lors de leur assaut, selon les informations recueillies par Europe 1.

Choisis au hasard

Tout commence vendredi dernier vers 23h30, au restaurant Le Toulousain à Niamey, la capitale nigérienne. Vincent Delory et Antoine De Léocour dînent lorsque deux hommes font irruption dans la salle, se dirigent vers leur table et les forcent à monter dans leur pick-up. Selon le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, les deux amis ont été capturés par hasard : leur table était la plus proche de l'entrée du restaurant, a-t-il indiqué jeudi, lors d'une conférence de presse.

Les policiers nigériens donnent alors immédiatement l'alerte. Un avion de surveillance de l'armée française, basé à Niamey, repère assez rapidement le véhicule des ravisseurs. La garde nationale nigérienne dresse un barrage sur leur route, à la hauteur du village de Mangaize.

A leur arrivée au check-point, vers 7 heures du matin, les ravisseurs forcent le passage. Le chef du détachement de la garde nationale est tué. Cette intervention des forces nigériennes a tout de même permis de faire gagner du temps aux soldats français pour monter leur propre opération de sauvetage.

30 commandos des forces spéciales mobilisés

Une trentaine de commandos des forces spéciales, prépositionés au Burkina Faso voisin, sont embarqués dans trois hélicoptères. Ils se dirigent vers le Mali car c'est dans cette direction que roulent les ravisseurs. Ils tentent de se réfugier dans les montagne du Kidal, connues pour être la base arrière d'Al Qaïda dans le Sahel.

C'est dans ces montagnes qu'ont été localisés les cinq otages français d'Areva. Une région isolée où il est difficile d'aller. Pour l'Elysée, il faut absolument intercepter le convoi avant qu'ils y arrivent.

L'intervention est déclenchée le samedi matin, vers 11 heures, à hauteur du village de Tabango au Mali. A priori, les forces nigériennes n'ont pas franchi la frontière. En tout cas, elles n'en ont pas informé les Français.

Pendant le trajet, le pick-up des ravisseurs a été rejoint par deux autres véhicules. Et lorsque les soldats français interviennent, des hommes des trois voitures ouvrent le feu sans hésiter sur les trois hélicoptères. Un des pilotes et un commando français sont blessés.

Des ravisseurs en uniforme de la gendarmerie nigérienne

Les soldats français ripostent alors, brièvement, neutralisant six agresseurs nigériens. Deux sont blessés et quatre sont tués. Quatre d'entre eux portent des uniformes de la gendarmerie nigérienne. Impossible pour le moment de dire s'il s'agit de terroristes déguisés en gendarmes ou de gendarmes nigériens corrompus. Troisième hypothèse envisagée : les terroristes en route auraient fait des prisonniers parmi les gendarmes du barrage de Mangaize. Se sont-ils ralliés aux ravisseurs ou ces derniers ont-ils utilisé leur uniforme ? Les Français n'ont aucune certitude.

Certains officiels nigérien ont suggéré de leur côté qu'il pouvait s'agir de soldats en mission qui poursuivaient les terroristes. Une hypothèse qui semble peu probable aux yeux de la France puisque leur véhicule avait été repéré dans le convoi des ravisseurs depuis plusieurs heures, à quelques mètres seulement du pick-up où étaient transportés les deux otages.

Autre zone d'ombre : les conditions de la mort des deux otages. Les commandos français ont découvert les deux hommes dans la zone des affrontements. L'autopsie de leurs corps a révélé des impacts de balles sur les deux hommes. Antoine de Léocour a été victime d'un tir "à bout touchant" mais la cause de la mort de son ami Vincent Delory reste à déterminer, a indiqué jeudi Jean-Claude Marin.

L'opération filmée

Il existe des images de cette intervention puisque normalement toutes les opérations des commandos des forces spéciales sont filmées. Le film devrait donc être transmis à la justice, comme c'est la tradition. En revanche, il ne devrait pas être déclassifié et donc pas rendu public.

Les proches d'Antoine de Léocour dénoncent de leur côté la récupération politique de cette prise d'otage dans une lettre ouverte adressée au ministre de la Défense Alain Juppé.