Le Québec et le mirage de l'indépendance

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Le Québec et le mirage de l'indépendance
La formation de Pauline Marois a remporté les élections au Québec mardi.@ REUTERS
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DÉCRYPTAGE - Le Parti Québécois a remporté les élections, mais l'indépendance attendra sans doute.

Les indépendantistes reprennent la main. La victoire du Parti Québécois (PQ) lors des élections législatives de mardi rebat les cartes du débat politique dans cette province du Canada qui se sent un peu à part. Avec 32% des voix, le parti de Pauline Marois remporte 54 des 125 sièges à l'Assemblée nationale du Québec, et devra donc composer avec le Parti libéral du Premier ministre sortant, Jean Charest, qui a enlevé 50 sièges.

Pauline Marois "a obtenu de former un gouvernement, alors qu'il y a un an son parti était menacé de mort", fait remarquer Jean-Herman Guay, politologue à l'université de Sherbrooke. Mais pour l'instant, "son gouvernement est minoritaire et plutôt faible", analyse de son côté Alain Gagnon, professeur de science politique à l'Université du Québec à Montréal.

"Pour un prochain mandat"

Pour ce politologue, auteur de L'âge des incertitudes, essais sur le fédéralisme et la diversité nationale, si un référendum est organisé sur l'indépendance du Québec, "ce sera pour un prochain mandat". "Il faut être prêt pour ce bras de fer qui va se concrétiser dans les prochaines années", assure-t-il. Par le passé, deux référendums ont déjà été organisés sur le sujet dans la "belle province". En 1980, les séparatistes avaient essuyé une lourde défaite, mais en 1995, ils avaient réussi à recueillir 49,9% des suffrages.

Pendant la dernière campagne, le thème a bien été abordé, mais plutôt par l'opposition au Parti Québécois, qui a "mis l'accent sur les conflits" que créerait l'élection de cette formation indépendantiste. Le PQ, lui, a préféré mettre l'accent sur la "gouverne responsable", la "lutte contre la corruption et le copinage" ou encore l'accès aux garderies.

"Stratégie outrancière" de Marois

Ailleurs au Canada, l'idée d'un Québec indépendant n'enthousiasme pas. Le quotidien anglophone The National Post se montre ainsi très sévère à l'égard de la "stratégie outrancière" de Pauline Marois avec Ottawa, la capitale fédérale du Canada : "réclamer quelque chose d'irréaliste et, une fois que cela a été refusé, prendre un air horrifié et assurer que les Québécois ne peuvent pas y arriver dans ce pays de fous qui ne les comprend pas".

La fusillade relancera-t-elle le débat ?

Mais un élément pourrait bien bouleverser la donne, ou au moins relancer le débat : la fusillade survenue pendant le discours de Pauline Marois, mardi soir, et qui a fait un mort et un blessé grave. Or, "au Canada, il y a depuis longtemps un débat sur le contrôle des armes à feu", explique Alain Gagnon. Stephen Harper, le Premier ministre du pays, vient tout juste de supprimer le registre des armes à feu, auquel le Québec tenait pourtant.

Après la fusillade de mardi, le nouveau gouvernement "pourrait prendre l'initiative de relancer" ce fichier. Avec le risque, au moins sur ce sujet, d'éloigner un peu plus Québec et Ottawa.