Le mariage de petites filles de 9 ans ? L'Irak y pense

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Le mariage de petites filles de 9 ans ? L'Irak y pense
En Irak, une trentaine de personnes ont manifesté le 8 mars contre la loi sur la famille, qui autoriserait le mariage des fillettes de 9 ans.@ REUTERS
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POLÉMIQUE - Le Parlement irakien pourrait rendre légal le mariage des petites filles avant même l’âge de 9 ans.

L’INFO. En Irak, le viol conjugal et le mariage des petites filles dès 9 ans sera peut-être bientôt légal. C’est ce que prévoit un projet de loi sur la famille, déposé par l’un des partis chiites du pays et approuvé début mars par le conseil des ministres irakiens. Dans les pays, des organisations de défense des droits des femmes se mobilisent contre un texte qui représente "un crime contre l’humanité".

Ce que dit le texte. C’est le ministre de la Justice qui a déposé ce projet de loi qui prévoit notamment qu’une femme ne peut se refuser à son mari, dont le rôle de "gardien" est renforcé, indique The Guardian. En clair : le viol conjugal est légalisé. En cas de divorce, le texte prévoit aussi que la garde des enfants de plus de 2 ans sera confiée automatiquement au père. Et, clause la plus polémique, il prévoit d’abaisser l’âge du divorce à 9 ans. Ce qui signifie en creux qu’une enfant pourra donc être mariée avant cet âge, alors que l’âge du mariage est actuellement fixé à 18 ans en Irak. Dans les faits, surtout dans les campagnes, il n’est toutefois pas rare que des fillettes soient mariées avant l’âge légal, contre une petite somme d’argent.

Hanaa Edwar, militante irakienne

© REUTERS

"C’est dégoûtant". Mais dans le pays, ce projet de loi passe mal. Le 8 mars dernier, pour la journée de la femme, une trentaine de manifestants se sont rassemblés à Bagdad. Militants laïques des droits de l’Homme et féministes irakiennes tentent d’alerter l’opinion publique internationale. "C’est dégoûtant. Quand au nom de la loi vous pouvez épouser une fille de moins de neuf ans ou quand vous empêchez une femme de choisir son compagnon, c’est un crime contre l’humanité", dénonce au micro d’Europe 1 Hanaa Edwar, dont l’association, Al-Amal, l’"espoir", a pris la tête de la contestation. Pour elle, le projet de loi "va à l’encontre des engagements de l’Irak à respecter les conventions internationales des droits de l’Homme".

Pas de chance d’être adopté. Le texte a heureusement peu de chances d’être adopté. Il divise, jusqu’au sein du camp chiite. D’après un important responsable religieux, il poserait même des problèmes de droit et de doctrine. Le projet de loi va aussi à l’encontre du "statut personnel" des femmes en Irak, en vigueur depuis 1959, qui est l’un des plus progressistes du Moyen-Orient. Et en 2003, les partis chiites avaient déjà tenté de faire adopter ce texte, sans succès car les laïques avaient alors fait barrage.

La stratégie du Premier ministre. Reste que le retour de cet inquiétant projet de loi constitue une indication sur la stratégie du Premier ministre, Nouri Al-Maliki, lui-même chiite, à l’approche des élections législatives prévues le 30 avril prochain. Après le scrutin, d'intenses tractations risquent d'avoir lieu pour former un gouvernement. Le Premier ministre ne s'est pas encore prononcé sur le texte. Mais, selon The Guardian, il pourrait bien tenter de l'utiliser pour s'assurer le soutien des chiites pour former des alliances.

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