Le jeu vidéo qui scandalise l’Allemagne

  • A
  • A
Le jeu vidéo qui scandalise l’Allemagne
Ce jeu vidéo propose d'incarner un garde-frontière, avec pour mission d'empêcher la population de fuir l'Allemagne de l'Est.@ 1.378km
Partagez sur :

Ce jeu propose de revivre l’époque du Mur de Berlin, provoquant un malaise.

1.378 (km). Ces quatre chiffres désignent un jeu vidéo en ligne qui provoque depuis vendredi une vive polémique en Allemagne, et pour cause : cette simulation propose de revivre l’époque de la Guerre froide, et plus particulièrement de jouer le long des 1.378 kilomètres de mur et de barbelés qui ont séparé le pays pendant près de quarante ans.

Conçu par les élèves de l’école supérieure d’animation/graphisme de Karlsruhe, ce jeu en 3D est proposé gratuitement en ligne depuis vendredi 10 décembre. Il permet d’interpréter soit un allemand de l’Est tentant de franchir le Mur, soit un garde-frontière, avec autorisation de tirer sur les réfugiés, et même de les abattre.

“Se confronter avec l’histoire allemande“

Etudiant à Karlsruhe, Jens Stober est à l’origine de ce jeu vidéo, qu’il a développé en reprenant la structure d’un jeu déjà existant, Half Life 2. Le résultat est une simulation en vue subjective proche d’un jeu de guerre, à laquelle 16 personnes peuvent jouer en même temps.

Jens Stober a toujours défendu ce projet comme étant un moyen pour sa génération, qui n’a pas connu l’époque de la guerre froide, de se confronter avec l’histoire allemande. Mais certaines possibilités offertes par le jeu dérangent : dans le rôle de garde-frontière, le joueur a plusieurs possibilités : arrêter le réfugié, l’accompagner dans sa fuite ou lui tirer dessus.

Ce jeu suscite donc un véritable malaise dans un pays profondément marqué par cette division : plus de 100.000 Allemands ont fui la partie communiste (RDA) entre 1961 et 1989, environ 1.000 personnes y ont perdu la vie. La réunification n’a d’ailleurs toujours pas permis de gommer les différences entre Ossis (Ex-Allemand de l’Est) et Wessis (Ex-RFA).

L’indignation des familles de réfugiés

“J’ai franchi la frontière et je vous le dis : ce jeu est une stupidité. Cette expérience m’a profondément marqué et je suis déçu de voir qu’on en a fait un jeu“, a réagi le professeur Heiner Mühlmann, chargé de cours en philosophie et en théorie de la culture.

L’émotion est encore plus grande parmi les associations d’anciens réfugiés, qui refusent que leur exil fasse l’objet d’un jeu. “Dialoguez avec les victimes et modifiez le jeu“, a demandé Rainer Wagner, le représentant fédéral de l’association des victimes de la tyrannie communiste (UOKG), qui a tenté plusieurs fois de franchir la frontière et s’est retrouvé deux fois en prison. “Ne mettez pas le jeu à disposition sur Internet et ne laissez pas la possibilité d’ouvrir le feu sur les réfugiés“, a-t-il exigé via l’agence de presse allemande DPA.