Le gel des avoirs sert-il vraiment à quelque chose ?

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Le gel des avoirs sert-il vraiment à quelque chose ?
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MISE AU POINT - Les sanctions financières contre la Russie n’ont qu’un impact modéré sur les personnes visées.

Moscou tape du point sur la table. Un diplomate russe, qui voulait transférer de l’argent, a vu son opération bloquée par la banque JP Morgan en raison des sanctions votées par l’Union européenne et les Etats-Unis contre la Russie. Le Kremlin a aussitôt menacé de prendre des mesures de représailles.

Des délais trop longs. Les sanctions annoncées par l’UE - qui vise 33 personnes - et les Etats-Unis tel que le gel des avoirs d’un certain nombre de personnalité proches de Vladimir Poutine sont donc effectives. Mais le cas de ce diplomate russe reste anecdotique. Pour Jean Ziegler, sociologue et vice-président du comité consultatif des droits de l’Homme aux Nation Unies il s’agit de sanctions symboliques.

L’expert en droit international pointe du doigt le délai entre l’annonce des sanctions et la mise en place effective du séquestre des avoirs. En effet, aux Etats-Unis  par exemple, il a fallu plus de quinze jours pour que le gel des avoirs soit réel. "N’importe quel connaisseur a tout à fait le temps de déplacer son argent car il s’agit d’une simple manipulation informatique", indique-t-il, ajoutant que certains ont simplement pu changer le nom du titulaire du compte pour s’assurer que leur argent ne soit pas bloqué.

Guennadi Timtchenko

© REUTERS

Et pour preuve, le milliardaire russe Guennadi Timtchenko, réputé proche du président Vladimir Poutine, a vendu l'ensemble de ses parts dans la société suisse de négoce d'hydrocarbures Gunvor un jour avant d'être sanctionné par Washington.

Aucun contrôle des banques. Autre faille soulevée, l’absence de contrôle des établissements bancaires. Comment s’assurer qu’une banque respecte bien le gel des avoirs ? Il n’y a aucun moyen de le savoir. "Les oligarques russes sont des clients extraordinaires qui amènent beaucoup d’argent aux banques", observe Jean Ziegler.

Les comptes off shore échappent aux sanctions. De plus, les comptes que possèdent les oligarques sont souvent des "empires financiers fait de comptes off shore", explique le spécialiste. Ces comptes là ne sont donc pas identifiables et les capitaux qui s’y trouvent peuvent être facilement déplacés. "Le gel des avoirs est loin d’être une catastrophe pour les oligarques", estime Jean Ziegler. Et dans le cas du diplomate russe qui n’arrive à récupérer son argent, le spécialiste de préciser que "si l’argent est bloqué c’est pour une durée déterminée de six mois et pendant ce temps l’argent continue à travailler".

L’Europe doit se préserver. Finalement, le gel des avoirs n’a qu’un effet minime sur les personnalités visées. En même temps, les Européens doivent rester prudents dans le choix des sanctions visant la Russie de manière à préserver leurs propres intérêts économiques et respecter le cadre légal européen. Les sanctions européennes "sont très limitées, elles n'ont qu'un impact symbolique", juge également Xavier Follebouckt, spécialiste de la Russie et des relations internationales à l'université catholique de Louvain en Belgique.

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Un impact fort sur l’image. Si les sanctions ont un impact financier limité, "elles sont fortes symboliquement", juge Jean Ziegler. "Quand on est un homme d’affaire on n’aime pas vraiment voir son nom en Une du journal", ajoute-t-il. De plus, les responsables visés "ne peuvent plus venir à Londres, à Nice, sur la Costa del Sol, au Luxembourg ou à Chypre. Psychologiquement, cela pèse plus lourd", explique Xavier Follebouckt, pour qui "le plus important, c'est l'isolement politique et diplomatique" de la Russie. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que Moscou a réagi en annonçant aussi une liste de personnalités européennes et américaines "black-listées".

Il n'empêche que pour Thomas Gomart, directeur du développement stratégique à l'Institut français des relations internationales (Ifri), "les sanctions individuelles ne sont pas calibrées aux enjeux". Bertrand Badie, spécialistes des relations internationales à sciences-po, va même plus loin dans la critique en indiquant qu'"on n'est pas loin de se ridiculiser avec ce type de sanctions".

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