Magnotta, le "dépeceur de Montréal", plaide la démence

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Magnotta, le "dépeceur de Montréal", plaide la démence
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LOCO ROCCO ? - Actuellement jugé au Canada, le "dépeceur de Montréal" a reconnu les faits, mais plaide non-coupable. Il invoque la démence. 

"Canadian psycho". Une petite salle pour un procès de grande ampleur. Dans la nuit de lundi à mardi s'est ouvert le procès de Luka Rocco Magnotta, auteur d'un des crimes les plus retentissants de l'histoire judiciaire canadienne. Le "dépeceur de Montréal", jugé en petit comité, a déjà reconnu les faits lors de l'enquête préalable à l'audience. Mais devant le père de Lin Jun, sa victime de 2012, et des douze autres personnes venues assister aux débats - dont cinq journalistes seulement - l'ancien acteur porno a plaidé non-coupable depuis sa cellule vitrée. La raison ? La démence, argument invoqué par le canadien de 32 ans pour échapper à l'emprisonnement à vie, peine dont il est passible.

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Magnotta avait-il prémédité son acte ? Mais Magnotta est loin d'avoir remporté la bataille judiciaire, puisque l'accusation, le procureur Louis Bouthillier en tête, va tout faire pour prouver que le crime commis par l'ancien acteur porno était bel et bien prémédité. Il devrait en effet inviter Alex West, un journaliste du London Sun, à témoigner. Ce dernier avait rencontré Magnotta fin 2011 lorsqu'il enquêtait sur l'origine d'une vidéo diffusée sur internet montrant des chatons se faire dévorer par un boa. Alex West va lire des courriels dans lesquels l'accusé lui écrit qu'il va commettre un meurtre et le filmer.

Ou était-il fou ? L'avocat de Luka Rocco Magnotta, Luc Leclair, entend prouver que son client souffrait de problèmes de santé mentale graves lorsqu'il a commis le meurtre et qu'il doit par conséquent être déclaré non responsable.Il entend soumettre un rapport montrant qu'il avait été diagnostiqué schizophrène dès 19 ans, trouble dont souffre aussi son père, qui doit témoigner en sa faveur. Un mois avant le meurtre, en avril 2012, un autre psychiatre avait établi qu'il souffrait de "trouble de personnalité limite", a précisé l'avocat. La décision finale reviendra aux douze jurés chargés de déclarer coupable ou non Luka Rocco Magnotta.

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Un torse dans une valise. Luka Magnotta est accusé d'avoir tué chez lui avec un pic à glace son ancien petit ami Lin Jun. Il est également poursuivi pour atteinte à l'intégrité d'un cadavre pour l'avoir découpé, diffusion de matériel obscène pour avoir posté une vidéo des faits sur internet, d'avoir envoyé par courrier de morceaux du cadavre, et d'avoir harcelé le Premier ministre canadien Stephen Harper et des députés. Une policière a ainsi raconté lundi la découverte du torse de Lin Jun dans une valise, jetée sur un tas d'ordures dans une ruelle de Montréal, que cernaient les mouches et d'où se dégageait une forte odeur.

Décidé à assister à tout le procès, le père de l'étudiant chinois s'est présenté à la presse en fin de journée, en compagnie de son avocat. Ce dernier a expliqué que son client, qui ne s'exprimera qu'après l'énoncé du verdict, se prépare à vivre des semaines "pénibles". "Cela ne va pas s'améliorer pour lui. Il va trouver certaines réponses à ses questions, mais je ne crois pas que cela pourra effacer le traumatisme qu'il vit tous les jours", a déclaré Me Daniel Urbas.

Il envoie les pieds et les mains de sa victime aux sièges des principaux partis. Avant de s'envoler pour Paris le 26 mai 2012, il est accusé d'avoir envoyé les pieds et les mains de la victime par colis postal au siège du Parti conservateur canadien et à celui du Parti libéral, à Ottawa, ainsi qu'à deux écoles de Vancouver. La tête de la victime n'avait été retrouvée qu'en juillet 2012 dans un parc de Montréal. L'accusé avait ensuite fuit en Allemagne, où il avait été arrêté le 4 juin 2012 dans un cybercafé de Berlin, avant d'être rapidement extradé au Canada. Le procès devrait durer au moins tout l'automne.