Le couvre-feu décrété en Tunisie

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Le couvre-feu décrété en Tunisie
La colère gronde en Tunisie depuis près d'un mois.@ REUTERS
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Les affrontements entre police et manifestants se sont poursuivis tout au long de la journée.

La violence a redoublé mercredi en Tunisie, pays en proie depuis plusieurs semaines à des émeutes sociales. Dans le centre de Tunis, la capitale, mais aussi dans plusieurs villes du pays, des manifestants et les forces de l'ordre se sont affrontés. Dans la soirée, le ministère tunisien de l'Intérieur a décrété un couvre-feu nocturne dans la capitale et sa banlieue, valable jusqu'à jeudi matin.

A Douz, dans le sud du pays, deux civils ont été tués. Parmi eux figure Hatem Bettahar, un Franco-Tunisien de 38 ans, enseignant en génie informatique à la faculté de Compiègne et chercheur au CNRS, selon les informations du Parisien. A Thala, dans le centre-ouest du pays, un autre manifestant a été tué par balles et deux autres ont été blessés par les forces de sécurité.

Paris appelle à "l’apaisement"

L'Union européenne a condamné le "recours disproportionné" à la force par la police tunisienne. "Cette violence est inacceptable, les auteurs doivent être identifiés et traduits en justice", a déclaré Maja Kocijancik, la porte-parole de la chef de la diplomatie européenne. De son côté, l'ONU a appelé à des "enquêtes indépendantes". "Des informations suggèrent que la majorité des manifestations ont été pacifiques et que les forces de sécurité ont réagi avec une force excessive contraire aux standards internationaux", explique la Haut commissaire aux Droits de l'Homme de l'ONU, Navy Pillay dans un communiqué.

Jusqu’à présent, la France était restée très discrète sur le sujet. A la sortie du Conseil des ministres mercredi, le ministre du Budget François Baroin a évoqué le "problème économique et social" qui se trouve, selon lui, au centre de la contestation. La Tunisie, a-t-il cependant poursuivi, "est un pays ami (…), nous avons une longue histoire en commun". "Nous sommes attentifs à l’évolution de la situation" et "appelons naturellement à l’apaisement."

Face à cette violence, le président tunisien a semblé vouloir réagir mercredi. Ben Ali a limogé son ministre de l’Intérieur, Rafik Belhaj Kacem. Il a en outre demandé la mise en place d’une enquête sur des actes de corruption présumée concernant des responsables publics. Une manière, sans doute, de montrer l’attachement du gouvernement à la probité des hommes politiques.

Les promesses de Ben Ali

La libération de toutes les personnes détenues depuis le début des troubles a aussi été annoncée par le président. Le nombre exact d’arrestations n’est pas connu. Parmi eux, figurent des personnalités de renom, comme le blogueur engagé Hamadi Kaloutcha, ou le rappeur El General, célèbre pour ses positions anti-Ben Ali. L'épouse du chef du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT, interdit), Hamma Hammami, a annoncé que son mari avait interpellé mercredi à son domicile, près de Tunis. Il s'agit du premier dirigeant politique à être interpellé depuis le début des émeutes.

Le mouvement de contestation, le plus impressionnant depuis 1987, date du premier mandat de Ben Ali, a débuté il y a près de quatre semaines. Le dernier bilan officiel fait état de 21 morts, tandis que les associations de défense des droits de l’Homme parlaient mercredi d'au moins 40 morts.

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