L’Afrique juge l’ancien dictateur tchadien Hissène Habré

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L’Afrique juge l’ancien dictateur tchadien Hissène Habré
Hissène Habré est jugé, notamment pour "crimes contre l'humanité", à Dakar@ AFP
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L’ex-président Hissène Habré est jugé pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et torture. Son procès va se dérouler hors des frontières du Tchad, au Sénégal.

A peine ouvert, ce procès est déjà historique. A partir du lundi à Dakar, un tribunal sénégalais va juger un ancien chef d’Etat africain notamment pour crimes contre l’humanité. Hissène Habré, ancien dictateur tchadien, devra répondre de ses actes devant une cour internationale dans un autre pays d’Afrique. Une première.

L’ex-président tchadien, aujourd’hui âgé de 72 ans, comparaît pour trois chefs d’accusation : crimes contre l’humanité, crimes de guerre et crimes de torture. Ces faits se seraient déroulés au Tchad sous son régime entre 1982 et 1990. Durant huit ans, Hissène Habré a fait régner la terreur sur le Tchad. Sa police politique, la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), enferme des milliers de personnes dans des centres de détention. Selon les organisations de défense des droits de l’homme, 40.000 personnes sont mortes sous son régime.


Le lendemain de l'ouverture des audiences, la Cour a décidé d'ajourner le procès au 7 septembre.

Habré savait-il tout ? L’accusation devra notamment démontrer la responsabilité personnelle de l’ancien président dans les actes de la DDS. En mars, sept de ses anciens responsables avaient été condamnés lors d’un procès qui s’est déroulé au Tchad. Plus de 4.000 victimes "directes ou indirectes" se sont constituées parties civiles à Dakar et le tribunal spécial a prévu d'entendre 100 témoins.

Après le coup d’Etat d’Idriss Déby, l’actuel président qui l’a renversé, Hissène Habré a trouvé refuge au Sénégal. Il y est enfermé depuis deux ans et refuse toujours de comparaître devant les Chambres africaines extraordinaires, le tribunal spécial créé par l’Union africaine pour le juger. Hissène Habré - qui "va mieux" après une attaque cardiaque en juin - "ne reconnaît pas cette juridiction, ni dans sa légalité, ni dans sa légitimité", a indiqué un de ses avocats, Me Ibrahima Diawara, précisant qu'il a demandé à ses représentants de boycotter les audiences. Mais les juges ont fait amener de force l’ancien chef d’Etat à son procès, qui devrait se tenir jusqu’à mi-octobre. En cas de condamnation, Hissène Habré, qui encourt entre 30 ans de prison ferme et les travaux forcés à perpétuité, pourra purger sa peine dans n’importe quel pays membre de l'Union africaine.

Dakar contre La Haye. Ce procès inédit doit aussi permettre au continent africain de montrer l’exemple sur la justice pour les anciens chefs d’Etat. Dans plusieurs pays, les griefs se multiplient contre la Cour pénale internationale de La Haye, accusée de racisme. "L'Union africaine considère que la Cour pénale internationale fait de la justice sélective et ne poursuit que des Africains", a rappelé dimanche Marcel Mendy, le porte-parole du tribunal institué par l’UA et financé notamment par des pays occidentaux. Au mois de juin, l’Afrique du Sud avait refusé d’extrader le président soudanais Omar El-Béchir poursuivi pour génocide.