L’affaire Whittingdale, le scandale qui déchire le Royaume-Uni

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L’affaire Whittingdale, le scandale qui déchire le Royaume-Uni
John Whittingdale, ministre britannique de la Culture a-t-il subi des pressions des tabloïds? @ AFP
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Pourquoi la presse à scandale a-t-elle tu la relation du ministre britannique de la Culture avec une prostituée ? John Whittingdale a-t-il cédé à la pression des tabloïds?

John Whittingdale, ministre britannique de la Culture, est au cœur d'un scandale. L'opposition le soupçonne d'avoir fait preuve de laxisme en matière de régulation des médias parce qu'il redoutait des possibles révélations à son sujet de la presse tabloïd. Cette nouvelle affaire intervient à un moment difficile pour le gouvernement britannique et pour David Cameron, fragilisé par l'évocation de son nom dans l'affaire des "Panama papers"

Quelle est cette affaire Whittingdale ? En fait, il y a deux affaires en une. Début avril, les médias Byline et Newsnight, le site de la BBC, ont révélé que le ministre britannique de la Culture, John Whittingdale, avait eu une relation avec une prostituée. Cette affaire interroge sur un point. Pourquoi les tabloïds britanniques, parmi lesquels le Sun et le Mail on Sunday, habituellement friands de sensationnalisme, n’ont-ils pas traité cette histoire dont ils avaient eu écho ? 

C'est là que commence la deuxième affaire. L'opposition estime alors qu'il savait que des journaux étaient au courant de sa liaison avec une prostituée. Pour éviter que cette affaire ne sorte, il aurait alors accepté de revenir sur des mesures de régulation de la presse. Des mesures dont les tabloïds ne veulent pas. "Il semble que les médias tenaient délibérément une épée de Damoclès au-dessus de John Whittingdale", a dénoncé le 2 avril le député travailliste Chris Bryant. "Il a parfaitement le droit d'avoir une vie privée, mais dès qu'il a appris cela, il aurait dû se mettre à l'écart de toute régulation de la presse", a-t-il ajouté.



Comment Whittingdale a-t-il réagi ? Mardi, John Whittingdale a été contraint d’expliquer sa relation avec cette prostituée. Il a déclaré que cette relation remontait à 2013-2014, avant sa nomination au poste ministériel qu'il occupe dans le gouvernement de David Cameron. Il a ajouté avoir fait connaissance de cette femme via un site de rencontres et dit avoir ignoré qu'elle était une professionnelle du sexe. Lorsqu'il l'a découvert, il a rompu avec elle. "Cela n'a jamais eu d'influence sur les décisions que j'ai prises en tant que ministre de la Culture", poursuit-il dans un communiqué.

Est-il étonnant que l'affaire ne soit pas sortie ? Le doute soulevé par les détracteurs du ministre de la Culture repose sur plusieurs constats. John Whittingdale n’était pas ministre de la Culture à l'époque de sa relation avec cette femme mais il présidait alors un groupe de travail au Parlement qui s’occupait de la régulation de la presse. Au Royaume-Uni, les députés sont soumis à un code de conduite très strict qui touche des domaines variés allant de la vie privée aux voyages en passant par les dépenses. Le moindre faux pas d'ordre privé peut ainsi entraîner la fin d'une carrière politique. Aussi, même si la presse à scandale s’était calmée depuis 2011, elle n’avait toutefois pas hésité à sortir des affaires impliquant des hommes politiques. Cet été, un lord britannique était ainsi apparu en une du Sun en train de prendre de la cocaïne. Il avait démissionné après cette publication. 

Comment se justifie la presse ? Du côté des journaux, on nie toute forme de chantage, même induit. Si l'affaire n'est pas sortie, c'est qu'elle ne présentait aucun intérêt. "Il est apparu qu'il n'y avait absolument aucun conflit d'intérêt dans cette affaire. John Whittingdale n'était pas au gouvernement au moment de cette liaison, et aucune règle morale n'a été enfreinte", s'est défendu Tom Newton Dunn, rédacteur en chef du service politique du Sun, sur l'antenne de Sky News.

Pourquoi cette affaire est-elle si sensible? La réglementation des médias est un sujet hautement sensible en Grande-Bretagne où le scandale des écoutes téléphoniques illégales menées par des journalistes de la presse tabloïd a révélé en 2011 l'étroitesse des liens existants entre des responsables politiques, de la police et des médias.