La vie reprend ses droits en Côte d’Ivoire

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La vie reprend ses droits en Côte d’Ivoire
Constant Boé a monté une association pour faciliter le retour des habitants dans le quartier du Carrefour.@ Europe1 Matthieu Charrier
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REPORTAGE - Retour sur les lieux des massacres de Duékoué, trois mois après la guerre.

La Côte d’Ivoire tente de se reconstruire après les affrontements durant la guerre civile consécutive à l'élection présidentielle ivoirienne qui a opposé les partisans du vainqueur Alassane Ouattara à ceux du président sortant Laurent Gbagbo, jusqu'à l'arrestation de ce dernier le 11 avril dernier .

L'Ouest de la Côte d'Ivoire a notamment été très touché. Selon la fédération des droits de l'homme, au moins 800 personnes sont mortes rien que dans le quartier de Carrefour à Duekoué, dans l'ouest du pays, lors des massacres qui ont duré deux jours et deux nuits, les 29 et 30 mars.

Aujourd’hui, plusieurs casques bleus se relaient jour et nuit pour surveiller l'étroite piste de terre qui mène au quartier Carrefour. Plus on s'enfonce sur celle-ci, plus les bâtiments sont détruits, brûlés, pillés.

"Un homme a tiré sur mon jumeau"

Myria déjeunait dans la maison en pierre de son grand-père avec son père et ses frères lorsque des hommes armés ont défoncé la porte. "Un homme qui était derrière moi a tiré sur mon jumeau", témoigne-t-elle. "Je me sens très mal. Parce que le film n'est pas encore fini dans mes yeux", ajoute-t-elle.

"Je me sens très mal", témoigne Myria :

Aujourd'hui, il n'est pas question pour Myria de retourner dans son quartier. Elle a peur que ces hommes ne reviennent. Comme elle, beaucoup d'habitants préfèrent vivre sous les bâches des camps de déplacés. Pour y remédier, Constant Boé a créé un comité pour faciliter les retours. "Tout le monde a quitté le quartier. Cela a failli devenir pratiquement fantôme", regrette-t-il.

24 écoliers du quartier sont morts

Désormais, l'électricité est revenue dans quelques maisons mais les réserves de nourritures ont été pillées et le centre de soins saccagé. Seule l'école, grâce au soutien de l'Unicef a pu rouvrir avec quelques cahiers et ardoises. 24 élèves sont morts durant la guerre civile. Le directeur tente de trouver les mots pour rassurer les écoliers. "On explique à la classe que ça ne va plus se répéter, que la paix est revenue", témoigne-t-il.

Il reste cependant encore une priorité pour que le quartier du Carrefour puisse vraiment reprendre vie : remonter les cadavres qui ont été jetés au fond des puits. Ces derniers empêchent en effet de puiser de l'eau potable.