La "taupe" du Vatican arrêtée
La "taupe" du Vatican arrêtée

Elle est soupçonnée d'avoir fait fuiter des informations confidentielles du Saint-Siège.

Des dizaines de documents secrets du Vatican sur la place publique, une "taupe" interpellée, le banquier du pape limogé : le Saint-Siège a connu une semaine difficile, révélatrice de tensions mais aussi de la volonté de réformes qui travaille le plus petit Etat du monde.

Un scandale, surnommé "Vatileaks", qui porte sur une série de documents communiqués à des médias italiens en janvier et février derniers, éclabousse déjà le Vatican depuis quelques mois. Europe1.fr revient sur les affaires en cours. 

Le majordome du Pape. Le Saint-Siège a annoncé vendredi que la gendarmerie vaticane avait arrêté une personne en possession illégale de "documents confidentiels". En effet, Benoît XVI avait récemment ordonné plusieurs enquêtes sur ces fuites qui l'ont "affligé", dont une menée par la police vaticane et une autre par une commission de cardinaux.

Le Vatican a confirmé qu'il s'agit de Paolo Gabriele, 46 ans, le majordome des appartements du pape depuis 2006, homme de confiance et l'une des rares personnes en contact direct avec Benoît XVI. Un coup dur pour le vieux pontife de 85 ans qu'une source proche a décrit comme "attristé et choqué" par cette "douloureuse affaire".

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Un livre qui fait scandale. Samedi dernier, un livre intitulé Sua Santita (Sa Sainteté) est sorti en librairie, reproduisant des dizaines de fax et de lettres ultra-secrètes dont le pape est le destinataire ou a eu connaissance. Des "gorges profondes" les ont ensuite livrés à l'auteur, le journaliste Gianluigi Nuzzi. Plusieurs de ces textes portent un paraphe du pape. Or le nombre de personnes pouvant avoir accès à ces documents, une fois consultés par Joseph Ratzinger, est limité. Autour du pape gravitent quotidiennement le majordome, quatre sœurs "Memores Domini" du mouvement catholique italien Communion et Libération, ainsi que les deux secrétaires particuliers de Benoît XVI, Georg Gänswein et Alfred Xuereb.

Ces documents illustrent de nombreux débats internes, par exemple sur les relations avec les autorités italiennes (les pressions vaticanes sur les sujets de société, les questions fiscales, les finances des instituts catholiques), les scandales sexuels chez les Légionnaires du Christ ou encore les négociations du Vatican avec les intégristes.

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L'attaque de l'archevêque Vigano. Parmi ces documents figurent des lettres adressées personnellement au pape par l'archevêque Carlo Maria Vigano, ancien numéro deux des services administratifs du Vatican et depuis octobre nonce apostolique (ambassadeur) à Washington. Il dénonçait la situation "désastreuse" découverte à sa prise de fonction en 2009 au gouvernorat de la Cité du Vatican, sur fond de corruption, de népotisme et de favoritisme. Alors chargé de gérer les infrastructures du petit Etat pontifical (immeubles, jardins, rues et musées), il se plaignait de voir les contrats toujours attribués aux mêmes entreprises à des prix selon lui exagérés.

Dans une de ses lettres au pape, Mgr Vigano se disait victime d'une campagne de dénigrement de la part de responsables du Vatican hostiles à sa politique de rigueur et à sa volonté de "faire le ménage" dans les dossiers financiers. Dans une lettre du 4 avril 2011, il disait avoir découvert que certains investissements du Saint-Siège avaient été confiés à deux fonds dépendant des banquiers italiens de la Commission de finance et de gestion, "plus préoccupés par leurs propres intérêts que par les nôtres". Une simple transaction financière en décembre 2009, ajoutait-il, a fait perdre deux millions et demi de dollars au Vatican.

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Un banquier limogé. L'annonce de cette arrestation survient au lendemain du limogeage surprise d'Ettore Gotti Tedeschi, président de l'Institut pour les œuvres de religion (IOR), la banque du Vatican. Parmi les pistes citées par la presse italienne pour expliquer l'éviction du banquier, figurent des désaccords entre lui et le numéro deux du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone, sur plusieurs affaires concernant les intérêts du Saint-Siège en Italie et la possibilité que Ettore Gotti Tedeschi ait révélé lui-même certains documents confidentiels, dans un désir de transparence. Mais ces hypothèses n'ont pas été confirmées.

La Banque du Vatican est sous les projecteurs depuis que 23 millions d'euros de ses avoirs dans les banques italiennes avaient été gelés en 2010 dans le cadre d'une enquête pour blanchiment d'argent. En mars, pour la première fois, le Vatican figurait sur la liste des Etats potentiellement vulnérables au blanchiment d'argent publiée par le département d'Etat américain, sans être pour autant considérer comme un Etat à risque élevé. Le Saint-Siège a adopté l'an dernier de nouvelles règles de transparence financière pour se conformer aux normes  internationales.