La "sainte évasion fiscale" de l’Eglise

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La "sainte évasion fiscale" de l’Eglise
Les avantages fiscaux de l'Eglise sont remis en cause face au plan d'austérité en Italie.@ MAXPPP
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En Italie, en pleine cure d’austérité, des voix s’élèvent pour dénoncer les privilèges de l’Eglise.

L’Italie a adopté mi-août un plan de rigueur, chiffré à 45 milliards d’euros sur deux ans. Alors que les citoyens doivent se serrer la ceinture, des voix s’élèvent pour dénoncer les avantages fiscaux accordés à l’Eglise catholique. Un tabou pour la plupart des politiques italiens, ainsi que pour le Vatican.

La contestation est menée par le parti radical italien, très à gauche et anticlérical. Cette formation, minoritaire dans l’échiquier politique du pays, a néanmoins de l’influence sur certaines questions de société : il a notamment été à l’origine de la légalisation de l’avortement, en 1978.

Plus de 33.000 fans sur Facebook

Mario Staderini, le chef de file des radicaux italiens, a créé la polémique en proposant un amendement pour que des milliers de biens immobiliers de l'Eglise cessent d'être exemptés des taxes immobilières locales. La seule présence par exemple d'une chapelle dans un hôtel, une installation sportive ou un organisme touristique suffit pour que ces propriétés, parfois très lucratives, échappent à ces impôts.

Une page Facebook, intitulée "Faisons payer l’Ici [l'impôt communal sur l'immobilier] à l’Eglise catholique !!!!", a été lancée dans la foulée et compte déjà plus de 33.000 fans. L’Ici est l’impôt que les communes prélèvent sur l’immobilier.

Dans sa dernière édition, L’Espresso publie une longue enquête sur ce qu’il appelle "la sainte évasion fiscale de l’Eglise". Selon cet hebdomadaire de gauche, le patrimoine immobilier de l’Eglise italienne est "le plus grand du monde", et serait estimé à "un milliard de mètres carrés". L’enquête a permis de déterminer qu’en additionnant les subventions directes et indirectes de l’Etat, et les exemptions fiscales, l’Eglise gagnerait "4,5 milliards d’euros par an".

Un lobby ecclésiastique "surpuissant"

Outre des exemptions fiscales sur certains biens immobiliers, l'Eglise bénéficie du "cinq pour mille", une part de l'impôt sur le revenu destinée aux caisses du clergé, et du "huit pour mille", une autre part redistribuée à un certain nombre de cultes et qui bénéficie surtout à l'Eglise catholique.

Et selon L’Espresso, le lobby ecclésiastique est tellement puissant en Italie que son régime fiscal n’a jamais été changé. L’hebdomadaire affirme que la conférence des évêques a fait pression sur les gouvernements de droite comme de gauche pour ne pas payer plus d’impôts.

Les évêques ont réagi dans leur quotidien Avvenire, dénonçant "une impressionnante campagne politico-médiatique" et des chiffres "fantaisistes et non confirmés". Le gouvernement Berlusconi est lui aussi monté au créneau pour défendre l’Eglise, important vivier électoral en Italie : "tenter de pénaliser l'Eglise signifie faire du mal aux personnes qui sont le plus sans défense", a argué Angelino Alfano, secrétaire du Peuple de la Liberté. C’est en effet le principal argument des défenseurs des privilèges ecclésiastiques : ces subsides seraient utilisés à des seules fins caritatives.