La Réunion a une dent contre les requins

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La Réunion a une dent contre les requins
Des requins tigres (ci-dessus) et des requins bouledogues sont à l'origine des attaques à La Réunion@ Reuters
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La polémique grandit face à la recrudescence des attaques. Les mesures de sécurisation divisent.

Il s'en est fallu de peu. Un kayakiste est ressorti indemne d'une attaque de requin mercredi à Saint-Gilles, sur la côte ouest de la Réunion. Depuis le début de l'année, cinq accidents dont deux mortels ont été répertoriés sur cette île de l'océan Indien. Parmi les plus marquants, celui du 19 septembre. Un moniteur de surf, Mathieu Schiller, 32 ans, a été happé par un requin à une vingtaine de mètres de la plage de Saint-Gilles.

Aujourd'hui, l'émotion bien que toujours vive a laissé place à une polémique de plus en plus vive sur l’absence de mesures de sécurisation.

"Deux grandes écoles s'affrontent", explique à Europe1.fr Madhia Ben Hamla, journaliste à l'agence de presse réunionnaise Imazpress. "D'un côté, vous avez les surfeurs et les commerçants qui sont dans une logique qui pourrait se résumer à œil pour œil, dent pour dent. Ils veulent faire la chasse aux requins pour les exterminer", précise-t-elle.

Les requins se rapprochent pour manger

Les requins bouledogues et tigres, sont deux espèces non-protégées. Bien que considérées comme "quasi-menacées" dans le classement de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), elles peuvent faire l'objet d'une "opération ciblée comme l'a évoqué le préfet de La Réunion, Michel Lalande.

"De l'autre, vous avez ceux qui ont une approche beaucoup plus pondérée. Ils soulignent qu'il n'y avait plus eu d'attaques depuis deux ou trois décennies et qu'il faudrait donc comprendre pourquoi ils s'en prennent à l'homme et ce, un peu partout dans le monde", poursuit Madhia Ben Hamla. "Des études ont été évoquées depuis quelques années mais face à l'absence de financement, elles n'ont finalement jamais vues le jour".

Car, si les requins se rapprochent de zones qu'ils avaient déserté pendant plus de vingt-cinq ans, c'est "parce qu'il y a de moins en moins de poisson au large", estime Madhia Ben Hamla. "Ils sont obligés de se rapprocher des côtes pour se nourrir. La Réunion a créé une réserve naturelle marine en 2007, d'où la prolifération de poissons de toutes sortes, tortues dans le lagon. Or, les requins ne font pas la différence entre les dauphins et les hommes", rappelle la journaliste d'Imazpresse.

"Ils sont attirés par les vibrations des poissons qui sont dans les cages" :

Des mesures jugées insuffisantes

Des drapeaux d'alerte représentant un squale seront hissés sur les plages : rouge en cas de danger, orange en cas de risque. Outre la signalétique, des filets anti-requins et des shark-shields, boîtiers émettant des ondes pour éloigner les requins, seront également expérimentés sur l'île.

Insuffisant estime la population, surtout les commerçants qui ont déjà perdu entre "40 et 70% de leur chiffre d'affaires". Même constat pour les écoles de surf et de sports nautiques en général.

Pire encore, la polémique prend des relents "xénophobes détestables", regrette Madhia Ben Hamla. "Les gens estiment que les requins "reviennent dans leur case", pour reprendre une expression réunionnaise. On ne peut leur interdire de rentrer chez eux. Du coup, on accuse les surfeurs métropolitains de ne pas être écolo-responsables en demandant le massacre utopique, d'ailleurs, d'une espèce", conclut-elle.