"La question syrienne restera probablement comme une tache morale sur la présidence d'Obama"

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Le géopolitologue Dominique Moïsi constate le climat de guerre froide entre Poutine et Obama. Pour lui, la Russie profite du calendrier d'élections présidentielles américaines pour agir par la force en Syrie.

INTERVIEW

Alors que la France défend à New York, à l'ONU, un cessez-le feu à Alep, ville syrienne bombardée par l'aviation russe, jamais les relations n'ont été aussi tendues entre Moscou et Washington. La coopération nucléaire est suspendue et le dialogue interrompu entre les deux Etats. Dominique Moïsi, géopolitologue et professeur au King's College de Londres, était invité dans l'émission C'est arrivé cette semaine pour savoir si l'on peut s'aventurer à parler d'un retour de la guerre froide.

"Phase de transition entre deux présidences". La suspension de l'accord de coopération nucléaire entre Russes et Américains se présente, pour le géopolitologue, comme une suite logique à l'incapacité des deux puissances à négocier un cessez-le-feu en Syrie. En temps de campagne présidentielle aux Etats-Unis, "il y a une fenêtre d'opportunité perçue par la Russie dans les quatre mois qui viennent. Les Russes veulent faire la différence en Syrie et ils ont le sentiment que dans cette phase de transition entre deux présidences, l'Amérique ne s'opposera pas à eux. On assiste à 'un retour de la force' dans les relations internationales. Barack Obama sera peut-être perçu par les historiens comme un très grand président des Etats-Unis mais la question syrienne restera probablement aussi comme une tache morale sur sa présidence."

Le contre-pied de George W.Bush. Aux Nations Unies, le secrétaire d'Etat américain John Kerry "avoue ouvertement que l'Amérique est impuissante, ajoute le spécialiste. Et Sergueï Lavrov (son homologue russe) entend ce que dit Kerry". Ces positions se traduisent sur le terrain à Alep. "C'est une ville martyre, prise en otage de l'indécision et de l'indifférence des uns et du cynisme absolu des autres". Le géopolitologue ne s'inquiète pas seulement de ce climat de guerre froide mais se demande "si ce n'est pas la guerre tout court. Barack Obama a sans doute fait preuve de trop d'hésitation, ne serait-ce que pour compenser l'excès de certitudes de George W.Bush. Si Hillary Clinton lui succède à la Maison-Blanche, ne sera-t-elle pas tentée de réagir aux excès d'usage de la force ?", avance Dominique Moïsi.

L'impuissance de la communauté internationale. Resterait une réponse diplomatique internationale pour sortir de l'impasse bilatérale. Mais Dominique Moïsi n'a guère d'espoir : "Souvenez-vous de cette phrase de François Hollande aux Nations-Unies, il y a quinze jours, trois semaines : "Ça suffit !" Depuis, les hôpitaux à l'est d'Alep ont été détruits avec une férocité plus grande encore. Les civils sont invités, par la force, à évacuer la ville pour que les troupes de Bachar El-Assad puissent la reconquérir totalement."