La nouvelle Tunisie censure ses Guignols

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La nouvelle Tunisie censure ses Guignols
@ REUTERS
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Une émission satirique a été arrêtée et le patron de la chaîne va être emprisonné.

Révolution de Jasmin ne rime pas forcément avec liberté d'expression, comme a pu le déplorer le patron de la chaîne de télévision tunisienne Ettounsiya TV. Cette dernière diffusait une émission satirique proche de nos Guignols de l'info qui a été brusquement arrêtée la semaine dernière alors qu'elle se moquait plus particulièrement des dirigeants du pays et du parti islamiste Ennahda. Quant au patron de la chaîne, la justice a décidé de le placer en détention.

L'émission de marionnettes avait été lancée dans sa version hebdomadaire en mars avant de devenir quotidienne il y a moins d'un mois. En voici un aperçu :

Retour de la censure en Tunisie ?

Après la suspension de l'émission, le ministre de la Santé, Abdelatif Mekki s'en est pris jeudi à des émissions qui "dépassent les bornes du respect". "Il faut respecter les symboles nationaux, le président de la République, le président du Parlement, le chef du gouvernement (...) il faut que la critique soit dans le cadre du respect", a-t-il déclaré.

Les journalistes tunisiens n'ont pas tardé à soupçonner le nouveau pouvoir et le parti islamiste Ennahda d'être à l'origine de cet interruption de programme. "J'ai appris auprès de sources au sein de la chaîne que la programmation des guignols a été arrêtée à la suite de pressions indirectes des autorités", a réagi le secrétaire général du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), Mongi Khadraoui. "Les autorités n'ont pas apprécié la forme et le contenu du programme", a-t-il ajouté, estimant qu'il s'agissait d'un "coup dur pour la liberté d'expression".

Le patron de la chaîne emprisonné

Seule certitude, le tribunal de Tunis a décidé vendredi de placer en détention le patron d'Ettounissiya TV, accusé de "d'usage illicite des ressources de l'Etablissement de la télévision tunisienne" à l'époque du régime du président déchu Zine el-Abidine Ben Ali. "Je vais en prison dignement", a déclaré Sami Fehri à l'antenne de la radio Express FM, avant d'ajouter : "tout cela m'arrive à cause de quatre Guignols".

Il a précisé à Express FM que Lotfi Zitoune, un influent conseiller du chef du gouvernement, Hamadi Jebali issu de Ennahda, l'avait menacé pour qu'il arrête son émission : "Lotfi Zitoune m'a contacté et m'a dit qu'il y avait un grand mécontentement et que ce que la chaîne diffuse est inacceptable".

"Une grosse machine nous a broyés, je n'aurais jamais imaginé que ça se passe comme ça (...) ils ont franchi toutes les lignes rouges", a-t-il ajouté, en référence aux dirigeants islamistes de la Tunisie.