La Hongrie de Viktor Orban est-elle devenue une dictature ?

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Théo Maneval, édité par A.H. , modifié à
Dimanche, la Hongrie vote pour reconduire Viktor Orban pour un troisième mandat. Europe 1 s'est rendu dans le pays, au cœur de l'Europe, où plusieurs signaux font craindre la mise en place d'une dictature.
L'ENQUÊTE DU 8H

Viktor Orban, le dirigeant hongrois à la tête depuis huit ans d'un régime de plus en plus autoritaire, va-t-il rempiler pour un troisième mandat ? Alors que les élections législatives se tiennent dimanche dans le pays, plusieurs observateurs s'interrogent sur le basculement de la Hongrie dans une dictature, en plein cœur de l'Union européenne.

La presse mise sous pression. Depuis 2008, Viktor Orban a entamé une véritable guerre contre la société civile. Pour lui, rien ne doit exister en dehors de son système de pensée. Alors ces dernières années, Orban a lancé une vaste offensive contre les médias. Ses proches ont racheté presque tous les quotidiens régionaux, ainsi que certaines radios. Le plus grand journal d'opposition a même fermé ses portes soudainement, en octobre 2016. "C'est la tactique du gouvernement : les médias dont ils ont besoin, ils les rachètent. Et les autres, ils les suppriment", déplore au micro d'Europe 1 Miklos Hargitai, qui travaillait au sein de ce journal.

"Depuis la loi de 2011, les tribunaux peuvent aussi nous condamner très facilement pour ce qu'on écrit dans nos articles. On doit payer des amendes, jusqu'à 30.000 euros", illustre-t-il encore. Désormais, les craintes de Miklos Hargitai sont plus fortes : "Si ce gouvernement reste au pouvoir, je ne suis pas sûr qu'il ait encore longtemps des journalistes indépendants." La Hongrie a d'ailleurs dégringolé au classement mondial de la liberté de la presse, perdant près de cinquante places en dix ans !

Entendu sur europe1 :
Orban veut nous intimider, parce qu'il ne supporte pas qu'on pense différemment

Les migrants, "ennemis de la nation". Viktor Orban mène aussi la vie dure aux ONG, comme aux religieux. En bref, à tous ceux qui viennent en aide aux migrants, qu'il a érigés en "ennemis de la nation". Le chef de l'Etat a par exemple coupé les vivres à des centaines d'institutions religieuses qui ouvrent leurs portes aux réfugiés, à l'image de la Communauté évangélique du pasteur Gabor Ivanyi. "Il a supprimé notre statut de congrégation religieuse. On a perdu 5 millions d'euros de subventions, soit la moitié de notre budget. Maintenant, on a du mal à payer nos factures, et nos dettes s'accumulent. Orban veut nous intimider, parce qu'il ne supporte pas qu'on pense différemment. Tous les tyrans veulent ça !", dénonce le religieux.

L'enseignement supérieur menacé. Et ce n'est pas tout. Orban a a aussi fait main basse sur la culture et l'éducation. Des passages sur les migrants, "menace pour la Hongrie", sont apparus dans des manuels scolaires de collège. Surtout, le chef de l'Etat a fait nommer des chanceliers dans chaque université pour contrôler la gestion de leurs finances. Cela lui permet en fait de contrôler le contenu de ce qui s'y enseigne. "On a besoin de progresser sur le Droit constitutionnel, mais le gouvernement a décidé qu'il ne financerait que des programmes sur le Droit de la famille", constate amèrement Zoltan Felck, doyen d'une grande faculté de droit de Budapest. "Un chancelier peut aussi recevoir un message du Premier ministre, qui lui dit que 'ce prof-là est trop critique envers le gouvernement". On fait alors fermer son département", assure l'enseignant, pour qui "cela suffit à tuer l'Etat de Droit en Hongrie."

Les opposants au dirigeant rappellent par ailleurs que la Hongrie n'est déjà plus une République. Le mot a en effet été supprimé dans la Constitution, lors d'une réforme en 2012.

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