La dissolution de Theresa May : "Un Tchernobyl politique", juge Gérard Errera, ancien ambassadeur à Londres

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Les élections anticipées du 8 juin, qui étaient centrés sur le Brexit pour le parti conservateur, ont raté leur cible, éloignant l'option d'un Brexit dur, analyse Gérard Errera.

INTERVIEW

Elle voulait une majorité écrasante pour peser sur les conditions de sortie de son pays de l'Union européenne. Objectif raté pour Theresa May qui a échoué dans sa dissolution. Le parti conservateur a perdu sa majorité absolue au Parlement à l'issue des élections législatives anticipées du 8 juin. Gérard Errera, ancien ambassadeur de France à Londres, ancien secrétaire général du Quai d'Orsay, était l'invité de C'est arrivé cette semaine, samedi, pour décrypter ce scrutin et envisager les contours du Brexit en préparation.

Avalanche d'erreurs. Plus qu'un ratage, "c'est un Tchernobyl politique" qui, comme la catastrophe nucléaire, "révèle failles et effets de longue durée", juge l'ancien ambassadeur. Tout a gravité autour du Brexit depuis un an, explique-t-il. Et pour lui, cette période s'est accompagnée d'une avalanche d'erreurs de la part du Premier ministre. "Personne ne l'a obligé à tirer du résultat du référendum - relativement serré - le fait que le Brexit devait être dur, c'est-à-dire de rompre les ponts avec l'Union européenne. Ensuite, elle a pris cette décision d'élections anticipées, contrairement à ce qu'elle avait promis. Ensuite, elle a voulu mettre le Brexit au centre de la campagne, ce qui n'était pas du tout ce que les électeurs attendaient." Conclusion : cet échec l'affaiblit à l'inverse de ce qu'elle avait espéré et l'oblige à rouvrir le dossier du Brexit.

Le Brexit dur avec du plomb dans l'aile. Le vote de jeudi modère d'ailleurs l'effet du référendum. Le Brexit dur (sans aucun lien avec l'UE) a donc du plomb dans l'aile. Les prochaines étapes vont être de "composer un gouvernement, de définir une position de négociation. Elle a déclenché l'article 50 - celui par lequel on annonce sa décision de quitter l'Union - avant cette élection : autre erreur stratégique, ça réduit sa main." Toutefois, l'ancien ambassadeur souligne que l'heure n'est pas à la punition. "Le Brexit est une punition suffisamment importante pour ne pas en rajouter. L'idée n'est pas de punir, ni de donner à quelqu'un qui a décidé de sortir du club plus d'avantages que ceux qui sont dans le club. Les Britanniques doivent pouvoir comprendre ça mieux que quiconque."

Si l'option est donc de s'engager vers un Brexit "mou", de nouvelles conséquences seront à prévoir : "que le Royaume-Uni contribue au budget, qu'il accepte les libertés de circulation et en partie la Cour européenne de justice." L'issue envisagée par Gérard Errera n'est pas positive : "je crains que le meilleur des arrangements avec l'UE consistera, pour le Royaume-Uni, à être dans une situation moins bonne que celle qu'il avait avant, en n'ayant pas son mot à dire dans les décisions qui seront prises et en payant pour quelque chose qu'il avait gratuitement."

'Très mauvaise campagne". La campagne de Thérésa May est allée jusqu'à heurter son électorat, poursuit Gérard Errera, notamment sur le service aux personnes âgées ou sur les impôts. Bilan  : "une très mauvaise campagne" qui a pêché aussi par l'effet "de la crise financière de 2008. Les salaires ont diminué pendant plusieurs années. Pour compenser le déficit budgétaire, on a fait des coupes dans les dépenses publiques, notamment dans les services publics, et notamment la police. Et on a reproché à Madame May, après les attentats, d'avoir été le ministre qui a réduit les crédits de la police."