La Corée du Sud élit une fille de dictateur

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La Corée du Sud élit une fille de dictateur
Park Geun-Hye, élue mercredi, n'est autre que la fille du dictateur Park Chung-Hee.@ REUTERS
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PORTRAIT - Park Geun-Hye, élue mercredi, porte le poids de l’histoire de la Corée du Sud.

La famille Park est bien connue des Coréens. Park Geun-Hye, élue mercredi présidente de la Corée du Sud, n’est autre que la fille de Park Chung-Hee, le dictateur du Parti démocratique républicain, une formation conservatrice, qui a régné sur le pays pendant 18 ans avant d’être assassiné en 1979. Pour réussir à se faire élire, Park Geun-Hye a dû se livrer à un véritable numéro d’équilibriste, en prenant ses distances avec le régime de son père, tout en ménageant des électeurs parfois nostalgiques de cette période.

L’histoire de cette célibataire de 60 ans, première femme à être élue présidente en Corée du Sud, se confond avec celle de son pays. En 1974, Park Geun-Hye suit des études en France quand elle est brutalement rappelée à Séoul : sa mère vient d’être assassinée par un militant pro-Corée du Nord. C’est elle qui jouera le rôle de Première dame auprès de son père, lui-même tué en 1979.

Park Chung-Hee, corée du sud

© REUTERS

Le visage balafré en 2006

Après la mort de Park Chung-Hee, elle quitte la vie publique et ne la retrouvera qu’en 1998, quand elle se fait élire députée. Ses détracteurs la jugent hautaine et froide, mais pour ses partisans, cette conservatrice du parti Saenuri fait en revanche preuve de calme et de combativité.

Park Geun-Hye, corée du sud

© REUTERS

Au cours de sa carrière, cette femme qui se présente comme moderne et libre n’a pas été épargnée : lors d’un rassemblement politique en 2006, un homme lui a balafré le visage avec un couteau, une blessure qui lui vaudra une soixantaine de points de suture.

Nostalgie du régime

Son succès, elle le doit en partie à la nostalgie qui s’est développée autour du régime de son père, analyse Media Today dans Courrier International. En Corée du Sud, les plus de 60 ans attribuent en effet à Park Chung-Hee le développement économique spectaculaire du pays après la guerre de Corée (1950-1953). Quitte à oublier la répression féroce, la torture et les exécutions qui avaient cours pendant ces années noires.

Park Geun-Hye, corée du sud

© REUTERS

Park Geun-Hye a tout de même fait une timide condamnation de la répression sous le régime de son père, en affirmant : "je crois qu’une valeur inaltérable de la démocratie est que la fin ne peut pas justifier les moyens en politique".

Ironie du sort ou preuve que la Corée du Sud a toujours des comptes à régler avec son passé, le candidat qu’elle a battu mercredi, Moon Jae-In, est lui aussi une figure historique, puisqu’il s’agit de l’un des opposants historiques au régime de son père.