L'Italie juge ses mafieux (et ses politiques)

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L'Italie juge ses mafieux (et ses politiques)
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En Sicile, hommes d’État et mafieux auraient négocié un accord dans les années 90.

Le procès. Depuis lundi en Sicile, la justice tente de faire la lumière sur des tractations présumées entre des responsables du gouvernement et de la mafia dans les années 90. Sur le banc des accusés, d’anciens hauts responsables politiques côtoient des chefs mafieux qui seraient impliqués dans cette affaire surnommée "La Trattativa" (la Négociation) par la presse locale. En Italie, certains espèrent que ce procès hors-normes permettra de mettre enfin au jour sur les relations troubles entre la mafia sicilienne et le pouvoir.

toto riina, sicile, REUTERS

Les accusés. Sur le banc des accusés figurent dix personnes, dont rien de moins que le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicola Mancino, et Marcello Dell’Utri, ex-sénateur et cofondateur du parti de Silvio Berlusconi, Forza Italia. A côté d’eux, le chef mafieux Toto Riina, surnommé "la Bête" (photo), et d’autres anciens boss de la Cosa Nostra, Leoluca Bagarella et Antonio Cina, ainsi que l’homme de main de Toto Riina, Giovanni Brusca. Pour la plupart, les accusés sont poursuivis pour "violences ou menaces à un organe politique de l’État". Dès son arrivée au tribunal lundi, Nicola Mancino, poursuivi "seulement" pour faux témoignage, a réclamé l’annulation du procès, dont les audiences ont été ajournées à vendredi. "J’ai combattu la mafia, je ne peux pas être jugé aux côtés de boss mafieux", s’est insurgé l’ex-ministre, rapporte sur son compte Twitter I Giornali di Sicilia.

A noter que deux autres impliqués, jugés à part pour de multiples raisons, ne sont pas des moindres, puisqu'il s'agit de l’ancien ministre Calogero Mannino et le mafieux Bernardo Provenzano, déjà emprisonné pour d’autres crimes.

Ce que la justice leur reproche. De hauts responsables du gouvernement de l’époque sont soupçonnés d'avoir entamé des négociations secrètes avec la mafia après l’assassinat de Salvo Lima, eurodéputé démocrate-chrétien, au printemps 1992. Des contacts qui se seraient intensifiés après les attentats à la bombe qui ont tué les juges anti-mafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, quelques mois plus tard. Trois dirigeants de l’unité d’élite "Ros" des carabiniers auraient joué les intermédiaires, tout comme l’ancien maire de Palerme, Vitto Ciancimino, depuis décédé. Le fils de ce dernier, Massimo, est aujourd’hui accusé de complicité externe en association mafieuse. Ces tractations auraient fini par déboucher sur un accord visant à obtenir la fin des attentats. En échange, plus de 300 mafieux incarcérés auraient vu leurs conditions de détention assouplies, quand leurs peines n’étaient pas réduites. L’étau policier sur la mafia aurait aussi été desserré.

Le président Napolitano à la barre. Pendant l’enquête, une véritable affaire dans l'affaire a éclaté. Des écoutes téléphoniques entre le président Giorgio Napolitano et l’ex-ministre Nicola Mancino ont en effet semé la zizanie entre le parquet de Palerme et les services de la présidence. L’argument de la présidence : le chef de l’État ne peut pas être mis sur écoute. Convaincue, la Cour constitutionnelle a fini par détruire ces écoutes. Giorgio Napolitano sera tout de même entendu comme témoin par le tribunal de Palerme.