L’Italie est-elle raciste ?

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L’Italie est-elle raciste ?
Une manifestation contre le racisme à Rome en 2009.@ REUTERS
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DÉCRYPTAGE - Une ministre noire insultée, des cris de singe dans les stades… Où en est l’Italie avec le racisme ?

La polémique. "Guenon congolaise", "Noire anti-italienne" : en Italie, la nomination, pour la première fois, d’une femme noire au gouvernement est une pilule dure à avaler pour certains. Cécile Kyengé, italienne d’origine congolaise, récemment nommée ministre de l’Intégration dans le gouvernement d’Enrico Letta, a dû essuyer des bordées d’insultes racistes. La ministre a d’ailleurs reçu le soutien du footballeur Mario Balotelli, l’attaquant star de l’AC Milan, lui-même maintes fois confronté au fléau xénophobe dans les stades. Pour Alberto Toscano, journaliste et écrivain italien, "l’Italie a un gros problème avec le racisme, comme d’autres pays européens".

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cécile kyengé, ministre italienne

© REUTERS

Une femme noire qui devient ministre. Pour le journaliste, interrogé par Europe1.fr, la nomination de Cécile Kyengé est une "nouveauté extraordinaire". "L’écrasante majorité des réactions est positive", note l’Italien, qui admet s’être attendu à "bien plus de dérapages". Reste que les faits sont là et que les insultes proviennent pour une part de mouvements d’extrême-droite, mais aussi de parlementaires élus de la Ligue du Nord. Ce parti qui affiche des positions "anti-immigration clandestine" est en réalité xénophobe, note Alberto Toscano. Aujourd’hui investie de responsabilités institutionnelles, la Ligue du Nord a "mis un peu d’eau dans son vin". Mais, selon la correspondante de la radio publique américaine NPR, Sylvia Poggioli, sa présence au pouvoir a "légitimé le racisme dans un certain sens dans le pays".

Le cas particulier du football. S’il est un domaine dans lequel le racisme est particulièrement présent, c’est celui du football. Mario Balotelli, l’attaquant de l’AC Milan, d’origine ghanéenne, en a fait les frais. Dimanche, le joueur s’est dit prêt à participer à une campagne contre le racisme initiée par la ministre Cécile Kyengé. Comme d’autres joueurs d’origine africaine, il a régulièrement été victime de cris racistes de la part de supporteurs des équipes adverses, prompts à imiter le cri du singe. Dans la même équipe, le Ghanéen Kevin-Prince Boateng a carrément quitté le terrain en plein match amical en janvier. La raison : les tifosis de Pro Patria, l’équipe adverse, lançaient des cris racistes.

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Une immigration relativement neuve... Certes, le "gros problème" qu’a l’Italie avec le racisme est "évidemment lié à la dose de stupidité extrême d’une partie de l’opinion publique", analyse Alberto Toscano. Mais certains facteurs "aident à comprendre". "Il faut considérer le fait que l’Italie a eu ces trente dernières années une augmentation considérable et constante des immigrés d’Afrique et d’Asie". En Italie, l’immigration est en effet un phénomène relativement nouveau, confirme Sylvia Poggioli, de la NPR, rappelant que pendant toute une partie du 20e siècle, le pays était plutôt une terre d’émigration.

… Et parfois liée à la mafia. Autre spécificité : dans certains régions, particulièrement en Calabre, le racisme est alimenté par un phénomène "à part". Là-bas, ce sont des organisations liées à la mafia qui font venir des ouvriers saisonniers, pour la cueillette des tomates ou des agrumes, pendant un mois ou deux. "Pendant cette période, ces gens travaillent dans des conditions économiques ignobles, dans l’irrégularité", explique Alberto Toscano. De cette situation "exécrable" naissent des tensions. En 2010, une violente révolte a ainsi éclaté parmi les ouvrier africains, après l’attaque de trois d’entre eux par des habitants de Rosarno, dans cette région tenue par la N’Drangheta, rappelle Slate.

immigration italie 460

Un fait divers tragique en 2011. En décembre 2011, un fait divers choque l’Italie. A Florence, un déséquilibré ouvre le feu sur deux marchands sénégalais, qui succombent. A l’époque, le quotidien de droite Libero n’hésite pas à titrer : "L’Italie est un pays raciste". Pour Alberto Toscano, il n’en est rien. "On ne peut pas dire aujourd’hui que l’Italie soit un pays raciste", martèle-t-il. Mais, comme le note sur la radio canadienne CBC James Watson, professeur de sciences politiques à l’Université américaine de Rome, "l’Italie mettra longtemps avant d’accepter le multiculturalisme qui existe ailleurs en Europe et en Amérique du Nord".