L’Irlande gronde

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L’Irlande gronde
@ REUTERS
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Ce sont l’angoisse et l’humiliation de tout un peuple qui s’expriment face à la nouvelle cure d’austérité.

Gel des embauches, réduction des salaires et des allocations. Les Irlandais font face à une nouvelle cure d’austérité. Des mesures qui déclenchent l’ire de la population qui ne veut plus se sacrifier. Pourtant mercredi, le Premier ministre Brian Cowen présentera un troisième plan de rigueur qui s’étalera sur quatre ans. Un plan déjà très contesté par une population irlandaise qui a déjà fait des efforts importants.

"Les mêmes abrutis"

"Le FMI est là et on ne peut rien contre ça. Par contre ceux qui négocient pour nous [auprès du Fonds monétaire international, ndlr], sont les mêmes abrutis qui ont mis notre pays dans cette situation", lance Hélène, une habitante de Dublin qui ne décolère pas.

100.000 personnes sont attendues dans les rues de Dublin samedi pour protester contre les mesures d’austérité. Mais les syndicats craignent que la mobilisation ne dégénère. "Les manifestations sont généralement assez calmes, mais j’ai peur que ça change", confie un syndicaliste, à Europe 1, "vous n’imaginez pas à quel point les gens sont en colère car on n’a pas demandé de comptes aux responsables de la crise. En plus, ils gagnent des sommes considérables, alors les gens sont très très en colère", souligne-t-il.

Humiliation et amertume

Outre la colère, il y a aussi un terrible sentiment d’humiliation chez les Irlandais dont le gouvernement a dû appeler "au secours" pour sauver le pays de la faillite. "La seule raison pour laquelle le FMI a débarqué, ce n’est pas pour sauver l’Irlande", analyse John, un habitant de Dublin, qui attend avec impatience les élections anticipées. Si le FMI est intervenu, "c’est juste pour être sûr que les petits messieurs assis là-haut toucheront bien tout ce qui leur est dû quand ils partiront à la retraite. Moi je dis, dégageons-les !".

Brian Cowen, sous la pression de l’opinion et de l’opposition, a fini par annoncer la tenue d’élections législatives anticipées dès le début de l’année 2011. Mais la presse irlandaise n’a pas attendu la tenue du scrutin pour tirer un trait sur le Premier ministre. Dans un éditorial intitulé "Tombé dans l'oreille d'un sourd", l'Irish Examiner regrette que le chef du gouvernement n'ait pas annoncé lundi soir sa démission immédiate. Et qu'il ait préféré attendre l'adoption du budget d'austérité, d'ici à janvier, pour convoquer des élections anticipées.

Pour une démission immédiate

"Les rats quittent le navire", écrit l'Irish Daily Mail, en référence à l'implosion de la coalition au pouvoir : M. Cowen a été acculé à l'annonce d'élections anticipées après un appel dans ce sens des Verts, membres clefs de la coalition. Deux députés indépendants cruciaux pour la majorité parlementaire du gouvernement ont de plus annoncé le retrait de leur soutien. "Mais il y a également un grand soulagement : il y aura des élections, la population va enfin avoir son mot à dire", ajoute le quotidien, en référence à l'impopularité record de Brian Cowen.

L'Irish Timessouligne de plus qu'une "révolte ouverte" gronde dorénavant au sein du Fianna Fail, le parti de Brian Cowen. Mais le Parlement "doit adopter le budget, en dépit de la pagaille politique", estime le journal. Enfin, l'Irish Independentjuge également qu'il "faut adopter le budget". "Toute autre considération est insignifiante", tranche-t-il, même s'il aurait préféré que Brian Cowen démissionne immédiatement.