Syrie : Kobané, une ville-clé à la frontière avec la Turquie

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Syrie : Kobané, une ville-clé à la frontière avec la Turquie
Un habitant observe les combats à Kobané, du côté turc de la frontière@ Reuters
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DÉCRYPTAGE - La ville syrienne, accrochée à la frontière turque, est en passe d’être prise par les djihadistes de l’Etat islamique. A moins que la Turquie ne sorte de sa réserve.

Deux drapeaux de l’Etat islamique flottent au vent lundi à la lisière de Kobané, en Syrie. Pour l’instant, les combattants kurdes semblent fébrilement tenir cette ville accrochée à la frontière avec la Turquie, où l'on se bat rue après rue. Des deux côtés, les combattants n'hésitent pas à venir se faire exploser sur les positions adverses, mais pour l'instant, c'est bien l'Etat islamique qui semble progresser. Et se rapprocher encore un peu plus du territoire turc. "Nous ne voulons pas que Kobané tombe", a déclaré vendredi dernier Ahmet Davutoglu, le Premier ministre d'Ankara. "Nous ferons tout ce que nous pourrons pour empêcher que cela ne se produise", a promis le chef de gouvernement, faisant un petit pas hors de sa réserve habituelle. Mais en attendant que la Turquie s'engage clairement, la bataille continue entre Kurdes et djihadistes aux tout proches abords d’une ville à forts enjeux. Europe 1 vous explique pourquoi.

100 kilomètres de frontière pour l’Etat islamique. Avant le siège de Kobané il y a trois semaines, les djihadistes de l’Etat islamique contrôlaient déjà un large pan de la frontière turco-syrienne. De Jarabulus, sur l’Euphrate à la région de Tell Abyad, le groupe terroriste a implanté ses troupes tout au long de la ligne de démarcation. Mais jusqu’à présent, la poche résistante de Kobané (Ayn al-Arab, en arabe) empêchait les djihadistes de contrôler une bande de territoire continue entre Jarabulus et Tell Abyad.

La capitulation de la ville kurde leur assurerait donc un contrôle total de près de 100 kilomètres de frontière, dont le lieu de passage de Mürsit Pinar, d’où ont afflué des dizaines de milliers de réfugiés ces dernières semaines. Avec Kobané, l’Etat islamique assurerait son assise aux portes de l’Europe. Les avions de la coalition ont d’ailleurs lancé ces derniers jours des raids sur les positions de l’Etat islamique dans cette région. Des bombardements apparemment insuffisants pour empêcher son avancée.



Armée Turquie 640

© Reuters

Maintenir une "zone-tampon" pour la Turquie. Comme depuis le début de la guerre, la Turquie vit de plein fouet la déstabilisation de sa voisine syrienne. Même si l’Etat islamique n’a pas lancé de campagne contre la Turquie, la bataille de Kobané déborde sur son territoire et menace le calme relatif de sa partie frontalière. Dimanche, cinq personnes ont été blessées par la chute d’un obus, conduisant à l’évacuation de la zone.

Calmer les esprits en Turquie. En parallèle, les autorités turques locales doivent faire face à l’indignation d’une partie de la population locale. Parmi les Kurdes, réfugiés syriens ou de nationalité turque, certains ont fait éclater leur colère contre l’inaction d’Ankara face à l’avancée djihadiste. Samedi, les forces de police se sont opposées à des manifestants. "J’espère que [Kobané] ne tombera pas parce qu’elle est vraiment le cœur du Kurdistan", haranguait Dilyar Seyho, un Kurde exilé en Turquie depuis quelques jours qui reproche à son pays d’accueil sa passivité.

Le problème kurde, au centre des tergiversations. Car Ankara garde une certaine frilosité à se mêler de ce qui se passe à quelques centaines de mètres de sa frontière. Défendre Kobané, troisième ville kurde, reviendrait en effet à se battre aux côtés du PKK, dont une branche tient la ville. Or, le parti des travailleurs kurdes reste l’ennemi juré de la Turquie.

Mais récemment, le leader du PKK, enfermé dans les geôles turques, a accentué la pression pour que la Turquie décide à s’impliquer. Si Kobané venait à tomber aux mains des djihadistes sous le regard des Turcs, Abdullah Öcalan a menacé de rompre les négociations entre le PKK et Ankara, engagées en 2012. "Je demande à tous ceux, en Turquie, qui ne veulent pas que le processus de paix et la démocratie échouent, d’assumer leurs responsabilités à Kobané", a-t-il déclaré jeudi. Si Ankara a bien voulu sortir de sa réserve, les Kurdes ne devront pas compter sur l’aide des militaires turcs. Le Premier ministre s’est tout au plus engagé à faire son possible pour renforcer "l'aide humanitaire" à la ville syrienne assiégée.

Etat islamique bandeau Turquie Kobané 1280

© Reuters

  

Une aide occidentale a minima. Les combattants kurdes, moins bien équipés que leurs ennemis djihadistes, devront garder les épaules solides, d'autant plus que le soutien aérien de la coalition semble pour l'instant insuffisant. Une intervention au sol des pays coalisés semble improbable, tandis que l'armée turque reste postée à la frontière sans agir. A défaut, Idris Nahsen, un responsable kurde local, a appelé la coalition a des livraisons d'armes et de munitions.