Journalistes tués : qui sont les ravisseurs ?

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Journalistes tués : qui sont les ravisseurs ?
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Plusieurs pistes envisagées. Il pourrait s'agir de groupes islamistes ou même du MNLA.

Qui a assassiné Ghislaine Dupont et Claude Verlon samedi à Kidal, au Nord du Mali ? Pourquoi ? Ces questions, encore largement sans réponse, ont été abordées par plusieurs spécialistes depuis samedi. Selon eux, il s'agirait d'hommes armés proches de la mouvance islamiste, et dont le mode opératoire surprend. Ghislaine Dupont et Claude Verlon ont en effet été exécutés juste après leur enlèvement. Europe1.fr fait le point sur les différentes hypothèses concernant le profil des ravisseurs.

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Les autorités françaises ne s'avancent pas. Pour l'heure, le gouvernement ignore à quelle organisation appartenaient les ravisseurs. A l’issue d'une réunion de crise, Laurent Fabius n'a en effet pas précisé qui la France soupçonnait précisément. "Les assassins ce sont ceux que nous combattons, c'est-à-dire les groupes terroristes qui refusent la démocratie et qui refusent les élections", a déclaré le locataire du Quai d’Orsay.

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La piste djihadiste. "Dans le mode opératoire, ça ressemble plutôt à ce que fait Al-Qaïda, par la lâcheté, le caractère ignoble de l'assassinat", a indiqué lundi sur Europe 1 Pierre Servent, spécialiste des questions de défense. "En même temps, la langue parlée par les ravisseurs est la langue des Touaregs, ce qui n'empêche pas que les commanditaires puissent être un groupe d'Al-Qaïda", a-t-il ajouté.

Les explications de Pierre Servent :



"Par la lacheté, ça ressemble à ce que fait Al...par Europe1fr

Plusieurs groupes islamistes circulent dans la région, notamment Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ou Ansar Dine. Kidal est en effet une zone sous l'influence d'Aqmi, même si depuis l'intervention française, le groupe islamiste n'occupe plus la ville. Ils ont en effet été chassés, mais les frontières algériennes et nigériennes sont proches. Aqmi dispose donc encore de relais, notamment des groupes armés capables d'organiser des enlèvements d'Occidentaux, comme celui de Ghislaine Dupont et Claude Verlon.

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Par ailleurs, les responsables de cet assassinat auraient pu avoir voulu venger la mort d’Abou Zeïd, l’un des chefs d’Aqmi. Ce dernier avait été tué au mois de mars lors d'affrontements opposant les islamistes aux troupes tchadiennes et françaises dans le massif des Ifoghas, rappelle BFMTV. Autre hypothèse : celle d'un lien avec la libération récente des quatre otages français d'Arlit. "Je pense que c'est un groupe dissident d'Aqmi qui a permis la libération des quatre otages français", indique Pierre Servent, ajoutant : "il est possible que d'autres groupes aient dit : 'la France bénéficie d'un succès incroyable, entre l'opération Serval et la libération des otages, on va les punir".

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Une vengeance contre le MNLA ? Des affrontements armés entre les soldats maliens et les combattants indépendantistes Touaregs du MNLA, émaillent par ailleurs régulièrement la ville de Kidal. Cette ville est en effet le bastion du Mouvement national de libération de l'Azawad.

C'est d'ailleurs l'un de ces leaders que les journalistes de RFI venaient d'interviewer quand ils ont été enlevés. Claude Verlon et Ghislaine Dupont s'apprêtaient en effet à donner la parole aux rebelles touaregs du MNLA, qui ont très vite condamné un "acte ignoble". Pour Pierre Boilley, spécialiste de l’Afrique subsaharienne et directeur du centre d’Étude des Mondes Africains, cet assassinat pourrait être "une vengeance contre le MNLA".

… Ou des membres du MNLA ? La piste d'un assassinat par des membres du MNLA est également envisagée même si les journalsites français semblaient plutôt en confiance avec ce groupe rebelle. Claude Verlon et Ghislaine Dupont sont en effet venus à Kidal sous la protection de ce mouvement indépendantiste touareg. Mais les membres du MNLA sont très hétéroclites. Tous ne s’entendent pas forcément sur les concessions à faire à Bamako, là où le pouvoir est en place.

"Cela peut-être des tensions internes dans la mouvance touareg, qui ont justifié de régler des comptes, d'être dans un rapport de force", s'interroge sur BFMTV, Anne Giudicelli, spécialiste des risques sécuritaires. "Ou bien des éléments externes qui souhaiteraient que la question de la stabilité du Mali qui passe aussi par un accord sur le Nord ne puisse pas aboutir", analyse-t-elle.

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