Jonathan Pollard, l’espion devenu pion

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Jonathan Pollard, l’espion devenu pion
Condamné à la prison à perpétuité aux Etats-Unis, Jonathan Pollard est devenu une icône pour les Israéliens.@ REUTERS
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RÉCIT - L’Américain Jonathan Pollard, condamné pour avoir espionné au profit d’Israël, se retrouve un peu malgré lui au cœur des négociations entre Palestiniens et Israéliens.

L’INFO. Et si l’avenir du processus de paix israélo-palestinien reposait sur les épaules d’un espion américain ? Jonathan Pollard, un Américain emprisonné depuis près de trente ans aux Etats-Unis pour espionnage au profit d’Israël, est soudainement devenu un pion de tout premier plan, dont la libération pourrait sauver in extremis des négociations au bord de l’effondrement. La Maison-Blanche a indiqué mardi qu’elle n’avait pas encore tranché sur son sort, sans exclure pour autant de le gracier très bientôt. 

Jonathan Pollard en 1991

© REUTERS

Un ancien expert de la marine américaine. Expert de la marine américaine, Jonathan Pollard, aujourd’hui âgé de 59 ans, a été condamné en 1987 à la prison à perpétuité par un tribunal américain. Son crime ? Il avait fourni à Israël des milliers de documents secrets sur les activités du renseignement américain dans le monde arabe. Cet espion excentrique et criblé de dettes avait notamment pour mission d’informer Israël sur les programmes nucléaires arabes et pakistanais. Ses informations auraient aussi aidé Israël à bombarder le QG de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en 1985, ainsi qu’à assassiner le numéro deux de l’organisation à Tunis, en 1988.

Un "héros" pour les Israéliens. En Israël Jonathan Pollard est peu à peu devenu une icône de la droite et d’une partie de la société. Pourtant, juste avant son arrestation en 1985, il avait été refoulé de l’ambassade d’Israël à Washington. Dix ans plus tard, il a obtenu la nationalité israélienne et a même été reconnu officiellement comme agent israélien par l’Etat hébreu en 1998. Aujourd’hui, l’espion est vu à la fois comme un "héros" et comme un "otage" en Israël, selon Time. Le magazine américain relate d’ailleurs les premiers mots entendus par Barack Obama en posant le pied sur le tarmac de l’aéroport Ben Gourion à Tel Aviv : "S’il-vous-plaît, libérez Pollard".

Manifestation à Jérusalem pour la libération de Jonathan Pollard, en janvier 2014

© REUTERS


Monnaie d’échange. Cette libération pourrait bien intervenir dès la mi-avril, avant la Pâques juive. Car Jonathan Pollard pourrait servir de monnaie d’échange pour ranimer des négociations israélo-palestiniennes qui semblent au bord de l’effondrement. Face à la relance de la colonisation par Israël et au contentieux sur les prisonniers, les Palestiniens ont décidé de reprendre de leur côté leur processus d’adhésion à l’ONU. De quoi donner des sueurs froides à John Kerry, le secrétaire d’Etat américain, qui porte les négociations à bout de bras. 

Pas question de libérer des "assassins". C’est pourquoi le gouvernement américain envisage la libération de l’espion israélien, qui pourrait faciliter de nouvelles libérations de prisonniers palestiniens et donc débloquer les négociations. Sauf que les choses ne sont pas si simples : pour la droite nationaliste, la libération de 26 prisonniers palestiniens est un pris trop cher à payer, même pour récupérer Jonathan Pollard. Uri Ariel, le ministre du Logement, est ainsi opposé à la libération d’"assassins" palestiniens. Et à en croire le vice-ministre israélien de la Défense, Danny Danon, Jonathan Pollard "reconnaît" lui-même qu’il n’est pas dans "l’intérêt supérieur de l’Etat d’Israël" de libérer ces prisonniers. 

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