Jean-Michel Bouvier : "la vérité sortira du procès"

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TEMOIGNAGE E1 - Le père de l’une des deux jeunes filles tuées en Argentine en 2011 est là-bas pour le procès et une reconstitution.

L’INFO. C’est un père en quête de vérité qui se trouve à Salta en Argentine. Jean-Michel Bouvier, père de Cassandre, cherche à savoir qui sont le ou les auteurs du viol et du meurtre de sa fille et de son amie, Houria Moumni, en 2011 dans cette région du nord de l’Argentine. Depuis près d’un mois, trois suspects sont en procès. Alors qu’une nouvelle reconstitution doit se tenir Jean-Michel Bouvier détaille au micro de Thomas Sotto les raisons de sa présence sur place.

Pourquoi avoir tenu à être là, à l'endroit où votre fille a vécu son supplice et où on va demander aux accusés de reproduire leurs gestes ? 

Jean-Michel Bouvier : Depuis le début, je suis dans la quête de la vérité pour Cassandre, quelle que soit la douleur. Parce que Cassandre était quelqu'un d'entier, de généreux, qui ne supportait pas l'iniquité, l'exclusion, la relégation. Donc, je veux savoir, même si je sais qu'il est parfois illusoire de vouloir connaître la vérité, et qu'en tous les cas, je veux que soient condamnés les véritables assassins de ma fille et de Houria. 

Les trois hommes jugés depuis fin mars ne sont pas nécessairement les auteurs du meurtre de votre fille ? 

J-M. B. : Il y en a un pour lequel les preuves sont très nombreuses et deux autres sur lesquels elles sont totalement absentes, soient très contestables.

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Vous diriez aujourd'hui que les responsables de la mort de votre fille sont encore en liberté ? 

Je n'écarte pas l'hypothèse. On ne peut pas croire que le seul fils Lasi, avec deux armes, ait tué deux jeunes femmes qui étaient dégourdies, sportives, et qui avaient en plus des capacités de résistance. 

Dès que vous êtes arrivé en Argentine, on vous a flanqué deux gardes du corps. Qui dérangez-vous ?

J-M. B. : Non, je ne pense pas qu'on m'ait flanqué deux gardes du corps. C'est vrai que j'ai le sentiment que la province de Salta tient à ma sécurité et donc, des fois, surjoue.

Mais qui menacerait votre sécurité ? Ça dérange à ce point-là que vous cherchiez la vérité sur la mort de notre fille ?

J-M. B. : Peut-être. Parce que je veux connaître la vérité sur ma fille, mais en même temps, je suis un citoyen libre et j'ai bien vu que le problème des assassinats non-résolus était un phénomène qui dépassait le meurtre de Cassandre et Houria.

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© REUTERS

Le procès devrait durer jusqu'à la mi-mai. Vous pensez que vous connaîtrez un jour la vérité sur la mort de Cassandre et Houria ?

J-M. B. : Je sais que la vérité est parfois difficile à connaître. Et ça, c'est en France, en Argentine et dans beaucoup de pays. Là, mon constat, c'est qu'un certain nombre d'erreurs ont été faites dans les premiers jours, et notamment sur la sécurisation de la scène de crime. Les corps, beaucoup de policiers le reconnaissent, ont été descendus de nuit. On a piétiné la scène de crime alors qu'il n'y avait pas urgence à descendre les corps. On pouvait les laisser une nuit supplémentaire pour faire un travail sérieux sur une scène sécurisée. Donc, à partir du moment où on ne fait pas un certain nombre de choses dès les premières heures, on risque de perdre des informations.

Vous avez l'air solide et déterminé : vous ne flanchez jamais ?

J-M. B. : Mais bien sûr que je flanche. Je flanche quand je suis tout seul, et même là, à Salta, il y a des lieux où je pleure. Tous les jours, je pleure. Tous les jours. Souvent sous la douche. Evidemment, je sais, et ça, c'est irrémédiable, que Cassandre, qui était très importante pour moi, je ne la reverrai plus. Je suis humain.



Jean-Michel Bouvier : "Même si la vérité sort...par Europe1fr

Vous la redoutez, cette journée de reconstitution ?

J-M. B. : Depuis que je suis revenu à Salta pour le procès, ça sera la troisième fois que je refais le parcours. Peut-être qu'il y aura, avec eux (ndlr, les accusés), indépendamment des charges qui pèsent sur eux, au travers de l'acte d'accusation, un échange de regards qui aura une dimension plus humaine que ce qu'on peut échanger dans une salle d'audience, où on est dans des positions et un jeu de rôle qui modifient les rôles. Je l'espère beaucoup, tout comme j'espère beaucoup que les photos de l'appareil d'Houria permettront au juge de visualiser les lieux où elles sont passées, ce qui me semble être un élément d'explication de ce qui s'est passé le 15 juillet.

Qu'est-ce qui pourrait vous apaiser aujourd'hui, Jean-Michel Bouvier ?

J-M. B. : Je ne sais pas. Je me pose souvent la question. Plus on avance dans la procédure... Là, je suis dans la logique du procès, et je me dis que la vérité sortira du procès. Mais je me pose la question. Même si la vérité du procès sortait, comment je m'en sortirais ? Est-ce que ça m'apaiserait totalement ? Je vais être le premier à qui me donner un élément de réponse. Je ne serai jamais apaisé. Parce que la chose importante, et qui, elle, est irréversible, c'est la mort et l'absence de Cassandre.

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