Italie : "La crise pourrait venir de la politique économique du nouveau gouvernement"

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Après plusieurs mois d'incertitudes et de tensions, l'Italie a enfin un nouveau gouvernement. Selon Giuliano da Empoli, ancien conseiller politique de Matteo Renzi, c'est désormais la politique économique qui pourrait plonger le pays dans une nouvelle crise.

INTERVIEW

La crise est-elle terminée en Italie ? Après plusieurs mois de tractations et de multiples rebondissements, La Ligue (droite souverainiste) et le Mouvement cinq étoiles ("anti-système") ont enfin trouvé un accord. Le nouveau gouvernement de Giuseppe Conte a prêté serment vendredi. 

Expulser un demi-million de clandestins.C'est désormais une crise avec l'Union européenne qui pourrait s'ouvrir. "Il y a bien sûr la question migratoire, rappelle Giuliano da Empoli, ancien conseiller politique de Matteo Renzi, directeur du think tank Volta à Milan et à Bruxelles et auteur de Le Florentin : l’art de gouverner selon Matteo Renzi (éd. Grasset), invité de l'émission de David Abiker, C'est arrivé demainMatteo Salvini, le nouveau ministre l’Intérieur, a fait toute sa campagne là-dessus et contre l'Europe."

Avec, entre autres, la promesse d'expulser un demi-million de clandestins. "Ce qui n'est pas faisable, assure Giuliano da Empoli. Il faudrait qu'il trouve des accords avec les pays de provenance, ce qui est très difficile à faire. Et cela poserait également des problèmes en matière de droit humain."

Des promesses coûteuses. Mais, selon l'ancien conseiller de Matteo Renzi, la crise pourrait venir d'ailleurs. "Elle risque d'arriver de l'économie, estime-il. Les économistes ont calculé. En chiffrant les propositions qui sont dans le contrat de gouvernement, on arrive à de nouvelles dépenses qui sont autour de 200 milliards d’euros, avec des nouvelles recettes de seulement de 500 millions."


"Peut-être qu'ils ne vont pas tenir toutes leurs promesses, poursuit-il. Mais même s'il n'en tiennent qu'une petite partie, cela créera une rupture par rapport au processus de réduction des déficits." De quoi tendre considérablement les relations avec l'Union européenne. 

"130% de dette". Un risque réel qui n'est pourtant pas le plus important selon Giuliano da Empoli : "Plus que l'Europe, le problème de l’Italie, ce sont les marchés, analyse-t-il. Un pays qui a 130% de dette par rapport au PNB, c’est un pays qui un énorme besoin de financer sa dette sur les marchés financiers internationaux. C’est de là que risque de venir la crise."

Cette semaine, c'est d'ailleurs la question économique qui a été au centre des débats. Le président de la République a refusé le ministre de l’Economie. "Le président a jugé qui'il aurait été dans une confrontation frontale avec l'Europe, explique Giuliano da Empoli. Ce qui aurait porté à une sortie de l'euro rapide."

"On est dans l'attente". Résultat, un nouveau ministre de l'économie a été choisi avec une "position plus souple". A cela s'ajoute un ministre des affaires étrangères "très europhile". De quoi de mettre de l'eau dans le vin du nouveau gouvernement ? "Pour l'instant, on est dans l'attente, répond Giuliano da Empoli. On ne sait pas exactement quelle ligne sera suivie."