Italie : jet de bananes contre une ministre

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Italie : jet de bananes contre une ministre
Cecile Kyenge, qui est née en République démocratique du Congo (RDC), est la cible quasi quotidienne d'insultes à caractère raciste@ REUTERS
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La première ministre noire de l'histoire de l'Italie a de nouveau été victime d'une attaque raciste.

L'INFO. Elle est la première ministre noire de l'histoire de l'Italie. Cecile Kyenge a été la cible d'un nouvel acte raciste, essuyant des jets de bananes lors d'un meeting, qui a suscité samedi l'indignation dans la classe politique et sur les réseaux sociaux. La ministre de l'Immigration, qui a déjà été la cible à plusieurs reprises d'insultes racistes, s'exprimait vendredi lors d'un meeting du Parti démocratique (PD) lorsqu'un spectateur non identifié a lancé sur elle des bananes, manquant la tribune.

Sur son compte Twitter, Cecile Kyenge a qualifié ce geste de "triste" et a jugé qu'il s'agissait d'un gaspillage de nourriture à un moment où le pays connaît une crise économique. "Le courage et l'optimisme pour changer les choses doivent avant tout remonter de la base vers les institutions", a-t-elle ajouté.



Indignation de la classe politique. Plusieurs personnalités politiques, dont des ministres du gouvernement dirigé par Enrico Letta, lui ont témoigné samedi leur solidarité et ont condamné l'incident. La ministre de l'Education, Maria Chiara Carrozza, a salué le courage et la détermination de Cecile Kyenge dans un tel climat d'hostilité. Le ministre de l'Environnement, Andrea Orlando, a fait part de sa "plus vive indignation" à l'égard de cet acte. Le gouverneur de la région de Vénétie Luca Zaia, qui appartient à la Ligue du Nord et doit participer en août à un débat sur l'immigration avec Cecile Kyenge, s'est lui aussi élevé contre l'acte raciste. "Lancer des bananes, insulter les personnes(...). Des actes de ce genre n'ont pas de place dans le débat civilisé et démocratique entre la ministre et ceux qui ne partagent pas ses opinions", a-t-il assuré, cité par l'agence de presse italienne Ansa.

Des mannequins couverts de sang. Cecile Kyenge, qui est née en République démocratique du Congo (RDC), est la cible quasi quotidienne d'insultes à caractère raciste et de menaces depuis qu'elle a été nommée au gouvernement en avril. Peu avant l'incident, vendredi, des militants du groupe d'extrême droite Forza Nuova (Force nouvelle) avaient déposé des mannequins couverts de sang factice lors de ce rassemblement. Ils entendaient protester contre la proposition de la ministre d'accorder la nationalité italienne à toute personne née dans le pays. Un tract accompagnant les mannequins affirmait "l'immigration tue", un slogan déjà employé par Forza Nuova faisant référence à des crimes commis par des immigrants.

Un "orang-outan". Il y a deux semaines, le vice-président du Sénat et membre de la Ligue du Nord, Roberto Calderoli, avait comparé la jeune femme à un "orang-outan". En juin, un conseiller régional de la Ligue du Nord avait estimé qu'il faudrait que Cecile Kyenge soit violée, afin qu'elle comprenne ce que ressentent les victimes de crimes commis par les immigrés. Il a été condamné pour ces propos à une peine de prison avec sursis et a reçu une interdiction temporaire d'exercer ses fonctions publiques.