Iran : avec Rohani, le changement ?

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Iran : avec Rohani, le changement ?
Durant la campagne et après son élection, il a prôné une plus grande souplesse vis-à-vis de l'Occident pour mettre fin aux sanctions ayant plongé son pays dans une grave crise économique.@ Reuters
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Le président Hassan Rohani, élu dès le premier tour de l’élection présidentielle, a prêté serment dimanche

L’INFO. Une véritable page de l’histoire iranienne se tourne . Le président modéré Hassan Rohani, élu dès le premier tour de l'élection présidentielle au mois de juin dernier avec 51% des voix, a pris ses fonctions samedi, marquant la fin des huit années tumultueuses de Mahmoud Ahmadinejad, le président sortant. Une cérémonie a eu lieu à Téhéran, en présence du guide de la révolution, Ali Khamenei. Le nouveau chef de l’Etat a ensuite prêté serment dimanche devant le Parlement, cérémonie durant laquelle des chefs d'Etat étrangers (l’Afghan Karzaï, le Libanais Sleimane, le Pakistanais Zardari, des responsables turcs et syriens) ont été pour la première fois invités.

"Le choix d'un homme compétent qui a servi pendant trois décennies l'establishment (islamique) et a résisté face aux ennemis en tant que religieux témoigne d'un message de fidélité au régime et de confiance au clergé", a écrit le guide suprême dans son décret d'investiture lu par son chef de cabinet.

>>> Pourtant, depuis son élection, le nouveau chef de l’État esquisse une forme d’ouverture. Qu’en est-il réellement ? Explications.

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© Reuters


Passe d’armes avec Israël. A la veille de sa prise de fonction, une nouvelle polémique a éclaté avec l’Etat hébreu, faisant ressurgir les anciennes diatribes de Mahmoud Ahmadinejad. "Dans notre région, une blessure a été créée depuis des années dans le corps du monde islamique sous l'ombre de l'occupation (par Israël, ndlr) de la terre sacrée de Palestine et de notre cher Qods (Jérusalem)", a déclaré Hassan Rohan. Un discours belliqueux qui a été mal pris par Israël et qui a été renforcé par une erreur d’interprétation des agences de presse. Mehr et Isna ont en effet ajouté que le président avait également déclaré : "et cette blessure doit disparaître"… avant de corriger leurs dépêches, reconnaissant leur erreur. Il n’en fallait pas moins pour déclencher les foudres d’Israël : "le vrai visage de Rohani a été dévoilé plus tôt que prévu", a affirmé Benjamin Netanyahou. "Ces déclarations du président iranien devraient sortir une partie du monde de l'illusion dans laquelle il est plongé depuis l'élection en Iran", a-t-il raillé.

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© Reuters

Des signes d’ouverture... L’ouverture du président Rohani serait-elle une "illusion", comme le prétend le Premier ministre israélien ? Difficile à dire alors qu’il n’est pas encore vraiment aux affaires. Toujours est-il que le nouveau président s’est donné trois priorités essentielles : le règlement de la question nucléaire, un nouveau dialogue avec l'Occident et l'amélioration de la situation économique. Au mois de juillet dernier, son discours avait suscité beaucoup d’espoirs. Selon Rohani, un gouvernement n’étend pas son pouvoir en "imposant des restrictions dans la vie des gens ou en intervenant dans la vie privée des personnes" mais en renforçant "leurs croyances et leur capital social". Toujours en juillet, Rohani lançait un appel aux trois millions d’Iraniens en exil pour qu’ils reviennent dans leur pays sans crainte de représailles. D’autres signes de cette ouverture -même s’ils sont surtout symboliques-, témoignent d’un climat davantage apaisé, note le journal La Croix : des portraits du réformateur et ex-président Rafsandjani réapparaissent dans les journaux, le film d’Asghar Farhadi, Le Passé, a été diffusé à Téhéran.

>>> A lire : PORTRAIT : Rohani, un religieux "modéré"

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… mais le cœur de la stratégie iranienne ne change pas. Si on lui attribue l'image d'un homme ouvert, c'est parce que Rohani est un habile politicien et un savant diplomate. Il a été vice-président du Parlement et chef des négociateurs nucléaires entre 2003 et 2005. C'est à cette période qu'il a gagné son surnom de "cheikh diplomate". En 2003, lors de négociations avec Paris, Londres et Berlin, il avait accepté la suspension de l'enrichissement d'uranium par l'Iran et l'application du protocole additionnel au Traité de non-prolifération (TNP), permettant des inspections inopinées des installations nucléaires iraniennes. Cette décision lui avait fait gagner le respect des Occidentaux. Désormais, Rohani se dit partisan d'une "entente constructive" pour mettre fin aux sanctions occidentales qui frappent durement le pays pour l'obliger à céder sur son programme nucléaire controversé. Mais il a rejeté dans le même temps toute suspension de l'enrichissement d'uranium, source d'inquiétude des Occidentaux et d'Israël qui accusent l'Iran de chercher à fabriquer l'arme atomique. Rohani n'a pas non plus écarté -"même si cela sera difficile" selon lui- des discussions directes avec les Etats-Unis pour régler la crise nucléaire. Cependant, selon la Constitution, les capacités d'action du président sont limitées sur les dossiers stratégiques, tel le nucléaire, au profit du Guide suprême l'ayatollah Ali Khamenei. C’est donc lui qui tire les ficelles, Rohani n’étant que le second personnage de l’Etat.

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Comment et avec qui va-t-il gouverner ? Le nouveau président devrait présenter rapidement son gouvernement formé essentiellement de technocrates expérimentés considérés comme proches de l'ancien président modéré (1989-1997), Akbar Hachémi Rafsandjani. Ministre du Pétrole sous le président réformateur Khatami (1997-2005), Bijan Namadar Zanganeh devrait reprendre le même portefeuille. Très respecté, il avait tissé à l'époque de bonnes relations avec les autres partenaires de l'Iran au sein de l'Opep. L'ancien ambassadeur de l'Iran auprès de l'ONU (2002-2007), Mohammad Javad Zarif, devrait prendre le portefeuille des Affaires étrangères. Lui aussi avait tissé à l'époque de bonnes relations avec de nombreux responsables américains. Personnalité modérée et respectée, il avait également joué un rôle actif dans les négociations nucléaires entre 2003 et 2005. Selon la presse iranienne, le dossier nucléaire pourrait passer même des mains du Conseil suprême de la sécurité nationale (CSSN) à celles du ministère des Affaires étrangères et être sous le contrôle direct du nouveau président. Les signes d’ouverture sont donc là mais comme l’a fait savoir la France par l’intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, manquent encore "des gestes concrets".

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