Indiana : tirer sur les policiers, c'est permis

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Indiana : tirer sur les policiers, c'est permis
Cette loi a été actée et signée par le gouverneur républicain, Mitch Daniels, au mois de mars dernier.@ Reuters
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Une loi permet à un citoyen de se défendre face à l'intrusion d'un policier à son domicile.

Le lobby des armes, la National riffle association (NRA), a encore fait étalage de toute son influence. Pour la première fois aux Etats-Unis, les habitants de l'Indiana ont le droit d'utiliser leur arme à feu lors d'un assaut "brutal" ou "injustifié" de la police à leur domicile. Cette loi a été actée et signée par le gouverneur républicain, Mitch Daniels, au mois de mars dernier.

Elle fait suite à une décision de la Cour suprême américaine prise après qu'un homme a attaqué un policier lors d'une dispute à son domicile. "Il n'y a pas dans le droit une loi qui interdit une entrée illégale d'officiers de police", avait rétorqué la Cour. 

"Légalise les intrusions illégales de la police"

C'est alors que la puissante NRA s'est mise en branle. Elle s'est mobilisée affirmant que cette décision "légalisait les intrusions illégales de la police au domicile" et a fini par obtenir gain de cause. Depuis sa création, l'association défend bec et ongles le deuxième amendement de la Constitution des Etats-Unis qui entérine le droit de porter des armes.

La NRA a déjà contribué à mettre en place des lois particulières dans plusieurs états américains. Il existe, en Floride, le principe du "Stand your ground" (défends ton terrain) qui exempte de toutes poursuites, un individu ayant fait usage de son arme, si ce dernier estime qu'en "tout raison, une telle force est nécessaire pour se protéger lui-même ou les autres d'une mort imminente ou d'importantes blessures". C'est sur cette base que George Zimmerman, le tueur présumé de Trayvon Martin, ce jeune Noir de 17 ans, avait organisé sa défense.

"Ceux qui sont ivres ou émotifs"

Cette fois-ci, l'Etat de l'Indiana va donc plus loin en permettant de s'en prendre directement aux forces de l'ordre. Des politiques démocrates ont d'ores et déjà pointé des risques de bavures. "Un officier de police peut se faire tirer dessus en enfonçant la mauvaise porte", prévient le sénateur démocrate, Tim Lanane.

"On court à la catastrophe. C'est mettre une prime sur nos têtes", s'inquiète de son côté, Tim Downs, président de l'Ordre des policiers de l'Etat de l'Indiana, interrogé par Bloomberg.

"Ceux qui sont ivres ou émotifs ne peuvent pas décider si la police intervient de façon légale ou non. Les suspects doivent assumer qu'ils aient le droit d'être appréhendés par les policiers", a insisté encore Tim Downs, lui-même policier dans l'Indiana.. 

"Des hésitations"

Sur le terrain, l'inquiétude est palpable. Pour le sergent Joseph Hubbard, ancien vétéran de la Marine et  policier pendant 17 ans au département de la police de Jeffersonville, cette loi "peut créer des hésitations. Et dans notre travail, une hésitation est parfois synonyme de blessures voire de mort", s'insurge-t-il sur Bloomberg.

Mais cette loi n'a pas douché son activisme au sein de l'association pro-armes. Joseph Hubbard n'a en effet pas l'intention de rendre sa carte de membre : "j'étais fier d'appartenir à la NRA (...) je suis devenu simplement un membre un peu moins content", a-t-il confié.