Inde : "je les ai suppliés de la laisser"

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Inde : "je les ai suppliés de la laisser"
Le viol collectif de l'étudiante, morte samedi à Singapour, a provoqué la colère en Inde.@ Reuters
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Le petit ami de l’étudiante morte après avoir été agressée et violée témoigne pour la première fois.

Il préfère garder l’anonymat. Le petit ami de l’étudiante morte samedi, après avoir été violée et battue dans un bus de New Delhi le 16 décembre 2012, a parlé vendredi pour la première fois depuis le drame. Dans un entretien à l’Agence France-Presse, il décrit la "cruauté" des agresseurs et le calvaire subi par la jeune femme de 23 ans qui a succombé à ses blessures après avoir été transférée à Singapour, une affaire qui a fait exploser la colère en Inde.

Les faits remontent au 16 décembre 2012. Ce jour-là, le couple sort du cinéma et se fait éconduire par plusieurs rickshaws. Les deux jeunes gens décident de monter à bord d’un bus normalement destiné au ramassage scolaire mais occupé par un groupe d’hommes qui avaient pris le véhicule pour une "virée nocturne".

"Battue de la pire façon"

"Je n’avais pas confiance en montant dans le bus mais mon amie était en retard, alors on est montés. Ce fut ma plus grosse erreur et après ça, tout a dérapé", confie le petit ami, âgé de 28 ans et dont la jambe a été fracturée. Une fois dans le bus, tous deux sont alors agressés après avoir été raillés par le chauffeur et ses comparses. Le jeune homme, employé dans une entreprise informatique, demande au conducteur d’arrêter le bus, mais les portes sont déjà verrouillées.

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© Reuters

"Ils m’ont battu avec un court bâton et ont traîné mon amie jusqu’à un siège près de la cabine du chauffeur". Après cela, "le chauffeur et les autres hommes ont violé mon amie et l’ont battue de la pire façon sur les parties les plus intimes de son corps". "J’ai essayé de lutter contre les hommes mais après je les ai suppliés encore et encore de la laisser", confie-t-il, ajoutant : "je ne peux pas vous dire ce que je ressens lorsque j’y pense. Je tremble de douleur".

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Traité "comme un objet"

Le petit ami de la victime raconte aussi avec amertume comment personne n’est venu leur porter secours après qu’ils eurent été jetés de l’autobus. "Un passant nous a trouvés après l’attaque mais il n’a même pas donné sa veste à mon amie", dont les vêtements avaient été arrachés. Le couple a du attendre "que la police vienne [les] sauver".

Mais même la police est mise en cause par le jeune homme. Selon lui, les forces de l’ordre qui ont emmené son amie à l’hôpital n’ont pas bien pris en compte ses propres blessures, ni son traumatisme psychologique, et l’ont traité "comme un objet". "Ils voulaient résoudre l’affaire avant même qu’on me donne le bon traitement", dénonce-t-il.
Côté judiciaire, le processus a été lancé jeudi avec l’inculpation de cinq suspects. La prochaine audience aura lieu samedi. Les cinq hommes, âgés de 19 à 35 ans, encourent la peine de mort. Ce que réclament la famille de la victime ainsi que l'opinion publique.

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