Ils empruntaient l'identité d'enfants morts

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Ils empruntaient l'identité d'enfants morts
@ REUTERS
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Quatre-vingt noms d’enfants morts auraient servi de couverture à des policiers britanniques.

C’était pour eux la couverture parfaite. Des agents britanniques ont utilisé, pendant plusieurs années, l’identité d’enfants morts, en guise de nom d’emprunt pour des missions secrètes. Et sans en avertir les parents. C’est ce que révèle l’enquête menée par Paul Lewis et Rob Evans, du quotidien britannique The Guardian.

Une pratique longtemps secrète

Selon ces deux journalistes, les identités de quatre-vingt enfants auraient ainsi été utilisées, notamment pour l’émission de faux passeports. Certains policiers ont utilisé l’identité d’un enfant décédé pendant près de dix ans, précisent les journalistes, mais la pratique a longtemps été classée secrète par la police.

Tous ces agents travaillaient pour une unité spéciale de la police, appelée "groupe de manifestation spécial", qui a été dissoute en 2008. La mécanique était parfaitement huilée et permettait aux policiers d’infiltrer des groupes d’activistes sans susciter le moindre soupçon.

Des pratiques dignes de la Stasi

L’un d’eux, sous couvert d’anonymat, et qui a longtemps utilisé l’identité d’un enfant décédé dans un accident de voiture, a estimé que si l’utilisation du nom de cet enfant pouvait choquer les parents de ce dernier, cela était fait pour "un plus grand bien", une mission d’Etat.

Certains ont raconté la manière dont ils procédaient pour récupérer ces identités. L’agent "Black" a ainsi expliqué s’être rendu dans la ville dont été originaire l’enfant, mais aussi dans la maison où il avait grandi, afin de se familiariser avec son environnement pour rendre son identité plus crédible. Une pratique qu’il compare à celle utilisée par la Stasi. Il a confié au passage se sentir mal le jour de "son" anniversaire, puisqu’il célébrait en fait celui d’un enfant mort depuis des années.

Une faille dans la mécanique

Un troisième policier, l’agent Dines, a confirmé, lui aussi, les éléments avancés par le Guardian, expliquant avoir utilisé le nom de John Barker, un jeune garçon de huit ans, mort d’une leucémie en 1968. Pour les besoins de sa mission, l’agent Dines a raconté avoir été en couple pendant deux ans avec une militante. Le jour où son travail était terminé, Dines a disparu de la vie de la jeune femme du jour au lendemain, sans donner aucune explication. Cette dernière a alors entamé des recherches pour le retrouver. "Elle pensait chercher son ancien compagnon, alors qu’elle cherchait en fait un enfant mort 24 ans plus tôt", a confié l’agent Dines, ajoutant que par chance, la jeune femme n’a jamais réussi à remonter jusqu’à la famille du jeune garçon.

L'affaire fait grand bruit lundi en Grande-Bretagne :

La police aurait cessé d’utiliser l’identité d’enfants morts au moment où les fiches de décès ont été informatisées, dans les années quatre-vingt dix. Selon un document auquel a eu accès le Guardian, la police aurait utilisé quatre-vingt identités d’enfants morts entre 1968 et 1994. Contacté par le quotidien britannique, Scotland Yard s’est refusé à commenter l’affaire.