Homosexuels en Tchétchénie : enquête sur des menaces visant le journal "Novaïa Gazeta"

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Homosexuels en Tchétchénie : enquête sur des menaces visant le journal "Novaïa Gazeta"
Le rédacteur en chef de la "Novaïa Gazeta" craint pour la sécurité de ses journalistes @ DMITRY ASTAKHOV / RIA NOVOSTI / AFP
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Le Kremlin a dit suivre étroitement la situation et ajouté que quiconque pensait que l'article de la Novaïa était faux devait saisir les tribunaux.

Les autorités russes ont fait savoir lundi qu'elles vérifiaient la réalité de menaces contre un journal russe qui a fait état de tortures et d'assassinats d'homosexuels en Tchétchénie, rapporte l'agence de presse Tass.

Un article qui fait l'effet d'une bombe. Le quotidien Novaïa Gazeta a annoncé vendredi qu'il avait réclamé une protection pour ses journalistes face à des appels à la vengeance émanant des instances religieuses tchétchènes à la suite d'articles sur le sort des homosexuels dans la république autonome du Caucase. Dans un article paru au début du mois, la Novaïa Gazeta a rapporté que les autorités tchétchènes avaient raflé une centaine d'hommes homosexuels ou soupçonnés de l'être avant de les torturer. Trois d'entre eux au moins ont été tués, ajoutait l'article.

Des accusations démenties. Ramzan Kadyrov, le président tchétchène soutenu par le Kremlin, a fait démentir l'article par son porte-parole, qui a affirmé qu'il s'agissait d'un "mensonge absolu" puisqu'il n'y pas d'homosexuels dans la petite république majoritairement musulmane. "Nul ne peut arrêter ou harceler des gens qui n'existent pas dans la République", a expliqué Alvi Karimov à l'agence Interfax.

Des appels à la vengeance. L'article a également provoqué la colère des instances religieuses tchétchènes, qui y ont vu une insulte à la foi musulmane des hommes et de la société de Tchétchénie. "Nous promettons que la vengeance rattrapera les propagateurs de haine, quels qu'ils soient, où qu'ils soient et sans prescription", ont-elles prévenu dans une résolution.

Pour le rédacteur en chef de la Novaïa Gazeta, Dmitri Mouratov, ce texte est une incitation à la violence et un motif d'inquiétude pour la sécurité de ses journalistes. "Cette résolution encourage des fanatiques religieuses à se venger contre nos journalistes", a-t-il écrit dans un communiqué annonçant que le journal demandait que des mesures soient prises pour assurer la sécurité de ses employés.

Des informations remises en doute. Le Kremlin a dit suivre étroitement la situation et ajouté que quiconque pensait que l'article de la Novaïa était faux devait saisir les tribunaux. Mais Dmitri Peskov, le porte-parole de la présidence, a également indiqué que rien n'indiquait à ce stade que les révélations du journal sur le sort des homosexuels de Tchétchénie étaient fiables. Lundi, l'agence Tass ajoute que les enquêteurs russes disent n'avoir reçu à ce jour aucune plainte concernant des cas de persécution de minorités sexuelles en Tchétchénie.

Un journal polémique. Créé en 1993 avec l'aide financière de Mikhaïl Gorbatchev en 1993, la Novaïa Gazeta a accédé à la notoriété par ses enquêtes sur la corruption et sa couverture de la Tchétchénie. Deux de ses journalistes, Anna Politkovskaïa et Natalia Estermirova, ont été assassinées dans des circonstances qui n'ont jamais été clairement établies.