Haro sur la carte d'identité en Egypte

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Haro sur la carte d'identité en Egypte
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Des partisans d'un Etat laïc protestent contre la mention de la religion sur les documents officiels.

L'INFO. Ils sont vent debout contre ce qu'ils considèrent comme une catégorisation abusive de l'administration. Une campagne a été lancée en réaction sur les réseaux sociaux depuis le 12 avril dernier par des militants laïcs qui veulent protester contre la mention de leur confession personnelle sur les documents officiels, notamment la carte d'identité, rapporte Jeune Afrique. Pour cela, ils invitent tous les concitoyens d'Egypte à couvrir d'une étiquette l'indication de leur religion et d'écrire "ça ne regarde personne" ou simplement "être humain".

Une mention sur la carte d'identité. Cette crispation exprimée par ces militants est d'autant plus grande qu'en Egypte, pour obtenir sa carte d'identité, il faut obligatoirement mentionner une appartenance à une religion : musulmane, copte ou juive. Ce document obligatoire pour tout Egyptien âgé de 16 ans est essentiel pour ouvrir un compte en banque, obtenir un emploi, un permis de conduire, s'inscrire à l'école, explique Le Quotidien maghrébin.

A cause de cette mention, la situation peut parfois devenir ubuesque, rapporte . Dans un rapport publié par Human Right Watch, l'ONG pointe la situation de Salwa Iskandar Hanna, une Bahaï (un mouvement philosophico-religieux fondé au 19e siècle) qui est morte en 2005 et dont la famille n'a pas pu enterrer son corps faut d'obtenir un certificat de décès...

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© Capture

Internet comme champ d'action. Des mouvements pour davantage de sécularisme au sommet de l'Etat existaient déjà en Egypte. Cette fois, ces militants ont choisi Internet pour diffuser leurs idées. Ils ont créé un groupe Facebook "ça me regarde". Pour l'instant, le mouvement ne déchaîne pas les foules mais près d'un millier de personnes ont déjà "liké" cette page. Des internautes peuvent ainsi poster une photo de leur carte d'identité pour soutenir symboliquement cette opération.

Pour encourager les Egyptiens à ce joindre au mouvement, une vidéo, postée sur YouTube, a été réalisée par l'artiste plasticien Aalam Wassef. "La république confessionnelle d'Egypte, la république raciste d'Egypte, la république haineuse d'Egypte", scande le chanteur sur des images de véhicules militaires poursuivant des manifestants coptes (chrétiens d'Egypte) lors des violences de Maspero, en octobre 2011. "La dissension est dans la carte (d’identité), et dans tous les formulaires. La case de la religion est le début de tous les problèmes", poursuit le chanteur.

Pour un Etat laïc. A l'origine de ce mouvement, des bloggeurs et militants laïcs qui s'insurgent contre le durcissement de la politique des Frères musulmans dont est issu le président Mohamed Morsi, au pouvoir depuis juin 2012. "Cacher la mention de la religion est à la fois une solution temporaire et une forme de protestation", explique dans un éditorial à Egypt independant, la journaliste et bloggeuse Sarah Carr qui participe à l'opération. "Il ne s’agit pas d’une campagne contre la religion ou contre l’identité religieuse. Il s’agit d’empêcher l’État de se mêler de questions qui ne le regardent pas (…) et de l’empêcher de définir, de contrôler ou d’exploiter l’identité religieuse", ajoute-t-elle.

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© Reuters

Des tensions religieuses exacerbées. Ce mouvement est également une réponse aux violences actuelles contre les coptes d'Egypte, qui ont atteint "un niveau de chaos", selon le patriarche d'Egypte Tawadros II. Depuis plusieurs jours, il accuse le président islamiste, Mohamed Morsi, de "négligence" face aux affrontements interreligieux. Début avril, une nuit de violences devant la cathédrale copte du Caire avait fait deux morts et 89 blessés. Un lieu hautement symbolique puisqu'il s'agit du siège du patriarcat copte orthodoxe qui représente une communauté de 6 à 10% de la population en Egypte. Depuis la chute du régime de Hosni Moubarak en février 2011, les heurts entre communautés religieuses ont déjà tué une cinquantaine de chrétiens et plusieurs musulmans.

"Cela ne veut pas dire que les tensions confessionnelles n’existaient pas du temps de Moubarak, qui les a d’ailleurs instrumentalisées. L’ancien président se présentait comme l’unique rempart des coptes contre l’extrémisme islamiste. Aujourd’hui, avec la révolution, tout le monde a le droit de parler librement. L’effet pervers de cette liberté c’est que même les discours haineux se répandent et ce, en toute impunité", témoigne aux Observateurs de France 24, Mohamed Adam, 25 ans, l'un des activistes de l'opération "ça ne regarde que moi".

L'Eglise copte est depuis plusieurs mois engagée dans un vrai bras-de-fer avec le pouvoir central. Celle-ci a déjà pris des positions très critiques contre le pouvoir de Mohamed Morsi, notamment à l'occasion de l'adoption d'une nouvelle Constitution accusée de faire la part belle aux vues des islamistes.