Hamza Ben Laden, "le prince héritier de la terreur"

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Hamza Ben Laden, "le prince héritier de la terreur"
Depuis quelques mois, Hamza ben Laden apparaît dans plusieurs vidéos d'Al Qaïda. @ Handout / AL-JAZEERA / AFP
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PORTRAIT - Adolescent, le fils d'Oussama Ben Laden apparaissait sur les vidéos de propagande d'Al-Qaïda. Aujourd'hui âgé d'environ 25 ans, il vient d'être placé sur la liste noire américaine des "terroristes internationaux".

Il était le fils préféré et le successeur désigné d'Oussama Ben Laden. Mais après la mort de son père, au printemps 2011, Hamza Ben Laden a hérité plus rapidement que prévu de l'organisation Al-Qaïda, et du statut d'ennemi public de l'Occident, décrété par les Etats-Unis. Ces derniers mois, le plus jeune fils de l'homme qui a revendiqué les attentats du 11-Septembre a multiplié les appels à l'unité djihadiste et aux attaques terroristes. Il a été placé par Washington sur sa liste noire des "terroristes internationaux", jeudi.

Fils de la favorite d'Oussama ben Laden. D'après le Trésor américain, Hamza Ben Laden est né en 1989, à Jeddah, en Arabie saoudite - plusieurs médias américains estiment qu'il est en réalité un peu plus jeune. Fils du chef d'Al-Qaïda et de sa troisième épouse, Khairiah Sabar, il grandit au sein d'une très nombreuse fratrie. D'après le récit d'un ancien garde du corps de la famille dans le Figaro, sa mère est "la favorite de ben Laden, en raison de son érudition en sciences islamiques". Parfois conseil de son époux dans sa prise de décisions, elle est surnommée "Oum Hamza" (la mère d'Hamza).

Très jeune, l'enfant s'imprègne de l'idéologie du leader d'Al-Qaïda. A l'âge de neuf ans, alors qu'il assiste à un mariage, Hamza lit un "poème" à la chute sans équivoque : "Nous combattrons à jamais les infidèles". Aux côtés de son père, il apparaît sur les images de propagande du groupe terroriste, coiffé d'un turban. Quelques semaines après les attentats du 11-Septembre, il pose devant un hélicoptère américain, abattu par les talibans sur le sol afghan, rapporte Jeune Afrique. Durant son adolescence, Hamza est soupçonné d'avoir mené des actions terroristes, selon les services de renseignement américain.

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Très tôt, Hamza ben Laden apparaît sur des images de propagande. Crédit : DR.


"Nous suivrons le même chemin, le chemin du djihad". A 13 ans, le "chouchou" d'Oussama est séparé de son père, que l'intégralité de sa famille ne peut plus suivre dans sa fuite. Nous sommes alors en 2002. Dans des documents déclassifiés, saisis lors du raid ayant tué le dirigeant du réseau terroriste, des lettres de l'enfant racontent ce déchirement. "Vous nous avez dit au revoir, on est parti, et c'est comme si on nous avait arraché le foie et qu'on l'avait laissé sur place", écrit le jeune Hamza. Assigné à résidence en Iran, l'adolescent craint de "passer (sa) jeunesse derrière les barreaux de fer".

Dans ses missives, le jeune garçon ne cesse de rappeler son intention de suivre les traces de son père. "Je t'annonce que moi comme chacun, que Dieu soit loué, nous suivons le même chemin, le chemin du djihad", assure-t-il, se disant "forgé dans l'acier" et prêt à accompagner Oussama Ben Laden "vers la victoire ou le martyr". Les deux hommes vivent ainsi séparés pendant huit ans. Le 5 avril, un mois avant la mort du leader de l'organisation terroriste, un lieutenant lui assure que son fils "étudie le maniement des explosifs" et se montre "adorable et bon". Des responsables d'Al-Qaïda envisagent de faire passer l'héritier dans la cache de son père pour préparer la succession. Ils n'en auront pas le temps. 

Le soir du raid qui tue Oussama Ben Laden, le flou règne quant à l'endroit où se trouve celui qu'un député britannique a surnommé le "prince héritier de la terreur". Pendant des années, il n'apparaît plus publiquement, ni sur aucune vidéo de propagande. Un temps, les services de renseignement américains envisagent qu'il soit mort. 

"Blacklisté" par l'Etat américain. Mais en 2015,  le fils prodigue réapparaît, pour appeler à attaquer des "intérêts américains, français et israéliens à Washington, Paris et Tel-Aviv". Dans la foulée, Al-Qaïda proclame l'appartenance du jeune homme au réseau djihadiste. Puis Hamza multiplie les messages du même genre, exhortant "des tribus d'Arabie saoudite à s'unir avec la branche d'Al-Qaïda au Yémen pour mener la guerre contre le royaume saoudien."

C'est au titre de ces menaces que les Etats-Unis ont placé le jeune homme sur leur "liste noire". Alors que des experts estiment qu'Al-Qaïda a été supplantée par l'organisation djihadiste rivale Etat islamique (EI), le patronyme célèbre et l'héritage d'Hamza continuent d'inquiéter. 


Une "liste noire" et de nombreuses sanctions

La procédure administrative américaine impose des "sanctions financières et juridiques" aux ressortissants étrangers "dont on a déterminé qu'ils ont perpétré des actes de terrorisme ou qu'ils représentent un risque grave d'en commettre", selon le département d'Etat. Les noms figurant sur cette "liste noire" voient leurs avoirs, biens et comptes aux Etats-Unis gelés, et aucun Américain n'a le droit de commercer avec eux. En septembre 2015, les Etats-Unis ont annoncé que trois noms de terroristes français avaient été ajoutés à cette liste.