Grèce : Samaras joue l'apaisement

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Grèce : Samaras joue l'apaisement
Des milliers de personnes se sont retrouvé devant le siège d'ERT jeudi.@ Reuters
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Alors que 15.000 personnes ont manifesté après la fermeture de la radio-télé publique ERT, le 1er ministre fait un geste.

L'INFO. Il y a eu des manifestations mais leur impact a été limité. Au soir d'une grève générale, le Premier ministre conservateur grec, Antonis Samaras a convoqué ses deux partenaires au sein de la coalition gouvernementale -les socialistes du Pasok et la Gauche démocratique- pour tenter d'apaiser la tension qui fait suite à la fermeture abrupte de l'audiovisuel public ERT. Le Premier ministre rencontrera lundi le dirigeant socialiste et celui de la gauche démocratique Dimar pour tenter de trouver une "solution".

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10.000 manifestants à Athènes. Jeudi, la police a comptabilisé quelque 15.000 personnes dans le pays, notamment dans de nombreuses villes où l'ERT est implanté, en soutien aux 2.700 salariés de l'audiovisuel public qui ont perdu leur emploi. A Athènes, près de 15.000 personnes venues de milieux très différents ont répondu à l'appel d'un rassemblement des syndicats du privé et du public, GSEE et Adedy, devant le siège de l'ERT pour dénoncer les politiques d'austérité qui frappent le service public. Jeudi soir, il restait des manifestants devant le siège de l'ERT, décidés à faire plier le gouvernement coûte que coûte. Une tente est même apparue dans le parc.

Les commerces sont restés ouverts. La grève générale, déclenchée dans l'urgence par les syndicats après la fermeture des ondes et des écrans, n'a en revanche guère mobilisé. Il n'est en effet pas facile de perdre une journée de salaire pour faire grève dans un pays où les salaires ont été rabotés depuis trois ans de crise, et où le taux de chômage a atteint 27,4% de la population active au premier trimestre, selon les chiffres publiés jeudi par les statistiques grecques. Les transports ont été faiblement touchés par la grève, à part les transports urbains d'Athènes. La plupart des banques, des commerces et la poste sont restés ouverts. Une dizaine de vols intérieurs à Athènes ont été annulés et une cinquantaine ont été reprogrammés, en raison d'un arrêt de travail des aiguilleurs du ciel. En Grèce, les journalistes étaient en grève aussi jeudi, et les quotidiens devraient être absents des kiosques vendredi.

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© Reuters

"Un coup d'état". "La télévision publique s'interrompt seulement dans deux circonstances: lorsqu'un pays est occupé par une puissance étrangère ou en cas de coup d'Etat", avait dénoncé Alexis Tsipras, le leader de la gauche. Ce terme a été repris par les syndicats du privé et du public, qui ont qualifié de "coup d'Etat" la "décision d'Antonis Samaras". Ils considèrent cet acte comme "antidémocratique" et mené "dans le cadre des politiques d'austérité".

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© Capture YouTube

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ERT, un groupe décrié. "Libre et de qualité" sont-ils des mots à associer à ERT ? Ce n'est pas sûr. De nombreux Grecs considéraient les trois chaînes de l'ERT comme des sinécures dans lesquelles certains partis politiques plaçaient des alliés. Mais la brutalité avec laquelle est intervenu l'arrêt de la diffusion a été ressentie comme un choc par la population. L'ERT est notamment critiquée pour ses privilèges, son clientélisme, et sa mauvaise gestion. Elle est en revanche très respectée dans les milieux culturels pour l'exigence de son travail, particulièrement en matière de documentaires.

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Samaras a rempli les objectifs. Engagé auprès de la troïka dans une réduction drastique des dépenses, le Premier ministre grec défend depuis le début son action. Athènes a promis de limoger 4.000 fonctionnaires dont 2.000 avant fin juin ? En voilà 2.600. "En se présentant comme le Reagan ou le Thatcher grec, il compte terroriser les syndicats de la fonction publique qui, depuis le début, ont résisté à toute réforme de fond", analyse un journaliste grec dans Libération. "Ce n'est pas une décision de la Commission européenne", s'est défendu Olli Rehn, commissaire européen, mercredi à Strasbourg. Attaqué par Daniel Cohn-Bendit sur l'éventuel rôle de a troïka dans cette purge brutale, le Finlandais a rappelé que la Grèce, comme les autres pays, a besoin "de médias pluriels, libres et de qualité", rapporte Libération.

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Une nouveau service public dans quelques semaines. Antonis Samaras avait déjà tenté d'allumer un contre-feu mercredi, en présentant l'arrêt de l'ERT comme "une mesure très temporaire". "L'ERT des privilèges s'est écroulée (...)  on ne ferme pas la télévision publique, une nouvelle station sera créée très prochainement", avait ajouté le Premier ministre grec, au plus tôt d'ici quelques semaines. Simos Kedikoglou, le porte-parole du gouvernement et ancien journaliste de la chaîne, avait précisé que ce service public rouvrirait sous une autre forme, avec un personnel réduit. Les 2.656 salariés de l'ERT, toucheront  une compensation financière pour l'arrêt de leur activité, et seront autorisés à postuler à un emploi dans la nouvelle structure.

Résistance numérique. En attendant, les Grecs peuvent continuer de suivre les programmes télévisés du groupe sur Internet. L'une des chaînes du groupe peut ainsi être suivie sur ustream, comme l'explique le compte Twitter d'ERT.