Giec : un rapport qui se veut irréprochable

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Giec : un rapport qui se veut irréprochable
Ebranlé par un scandale, attaqué par les climato-sceptiques, le Giec se devait de rendre un rapport irréprochable.@ MAXPPP
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ZOOM - Face aux climato-sceptiques, les experts du climat, auteurs du dernier rapport du Giec, jouent gros.

L’INFO. Des centaines de scientifiques impliqués, des millions de mesures réalisées un peu partout sur le globe et une validation minutieuse de chaque information : pour son dernier rapport, publié vendredi, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) n’avait pas le droit à l’erreur. Son diagnostic est sans appel : d’ici la fin du siècle, les températures augmenteront de 0,3 à 4,8°C et des phénomènes climatiques extrêmes sont à craindre. A chaque publication, le Giec, créé en 1988, joue sa crédibilité scientifique, et avec elle l’avenir des politiques de lutte contre le réchauffement climatique.

> DÉCRYPTAGE : Les données-clés en quatre chiffres

Des climato-sceptiques sur les rangs. "La vérité qui dérange est confirmée", ont réagi les ONG environnementales après la publication du rapport, vendredi. Mais cette "vérité" n’en est pas une pour tout le monde : les climato-sceptiques, ceux qui pensent que la thèse du réchauffement climatique causé par l’homme ne tient pas, existent toujours. Aux États-Unis, le think tank conservateur Heartland Institute aurait ainsi rémunéré certains blogueurs et scientifiques hostiles aux rapports du Giec, rappelle Le Monde. Et en France, un tiers des personnes interrogées sont climato-sceptiques, selon un sondage publié en août dernier par le Commissariat général au développement durable (CGDD).

> SONDAGE : Un tiers des Français se disent climato-sceptiques

experts du giec 460 REUTERS

L’ombre du "Climategate". Les opposants au Giec se sont d’ailleurs frotté les mains en 2010, quand le "Climategate" a éclaté. Du propre aveu des experts du groupe, des erreurs évitables s'étaient en effet glissées dans le rapport publié en 2007. Le scandale avait sérieusement ébranlé la crédibilité du Giec, prix Nobel de la paix 2007, dont les calculs et les estimations servent de base scientifique aux négociations internationales. Dans le résumé fourni aux décideurs, une bourde faisait notamment tache : le Giec annonçait par erreur la fonte des glaciers himalayens pour 2035.

> ÉDITO : Le rapport alarmiste du Giec

Le rapport du Giec a été présenté vendredi.

© REUTERS

"Des millions de mesures". Depuis, certaines méthodes de calcul ont changé, comme celles utilisées pour estimer la hausse des températures. Pour son rapport 2013, le Giec se voulait irréprochable, faisant appel aux scientifiques les plus reconnus. Les données présentées vendredi s’appuient sur des "millions de mesures dans l’atmosphère, la terre, la glace et depuis l’espace". Quant aux procédures de validation des rapports, elles ont été revues. "Je ne connais pas de document qui ait été soumis à ce genre d’examen minutieux et ait impliqué autant de personnes à l’esprit critique", a insisté Thomas Stocker, l’un des responsable du Giec, peu avant la remise du rapport. 

Climat Etats-Unis 460 REUTERS

Une pause dans le réchauffement. L’un des points qui fâche dans le rapport du Giec porte sur la pause, ou "hiatus", observée dans le réchauffement de la planète. Depuis 1998, le réchauffement de la planète ralentit en effet, un fait fréquemment cité en exemple par les sceptiques qui y voient la preuve que le réchauffement est une illusion. Sauf que le phénomène a "toujours existé", explique à Europe1.fr Michel Petit, auteur de Climat : une planète et des hommes. Mesurer l’évolution des températures sur dix ans n’a pas de sens, selon ce scientifique, qui indique que l’énergie supplémentaire due au réchauffement est absorbée en grande partie par les océans. Or, si la chaleur y est stockée plus profondément, elle ne se traduit pas par un réchauffement en surface. Pour le Giec, la tendance au réchauffement est donc "sans équivoque". Une conclusion qui semble avoir convaincu, sinon les sceptiques, au moins les décideurs, à l’image de John Kerry, le secrétaire d’État américain, pour qui "ceux qui nient la réalité de la science et cherchent des excuses au lieu d’agir jouent avec le feu".