Fusillade d’Ottawa : l’histoire d’une photo

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Fusillade d’Ottawa : l’histoire d’une photo
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Une photographie du suspect, tué par les forces de sécurité, a rapidement émergé sur les réseaux sociaux.

LA PHOTO. Le visage masqué par un keffieh, un fusil à la main, l’homme regarde en direction de l’objectif. Il s’agit de Michael Zehaf-Bibeau, le suspect principal de la fusillade d’Ottawa qui a coûté la vie à un soldat canadien, mercredi. Un homme armé a tiré sur un militaire, aux alentours du Parlement canadien, avant d’entrer dans le bâtiment et de faire un autre blessé. La photographie a été authentifiée dans la soirée par des milieux proches de l’enquête.

Un tweet rapidement supprimé. C’est parce qu’il est interpellé sur Twitter, aux alentours de 14 heures (heure locale), par un internaute anonyme que William Reymond, un journaliste français freelance installé au Canada, décide de tenter de l’authentifier. Il remonte ainsi à la source. Peu de temps après l’attaque, la police d’Ottawa a lancé un appel à témoin sur le réseau social. Une personne leur a répondu, en envoyant cette photographie. Quelques minutes plus tard, le tweet disparaît. "Le plus vraisemblable, c’est que la police lui a immédiatement demandé de retirer la photo et de fermer son compte", estime le journaliste, qui "pense que la photo a dû rester sur Twitter moins de deux minutes". Un laps de temps suffisant pour faire une capture d’écran et que le cliché continue à circuler. C’est là que cet autre internaute interpelle le journaliste.

Trois indices. William Reymond se lance dans son travail d'investigation et recoupe ce cliché avec les informations de témoins de la scène et de certaines de ses sources. Pour cela, il s’appuie sur trois indices, raconte-t-il sur son blog :

• le foulard

• l'arme

• le parapluie

Des personnes présentes lors de la fusillade ont en effet parlé d’un homme au visage couvert par "un foulard de type musulman", un keffieh comme le montre la photo.

William Reymond explique également s’être intéressé de près au fusil de chasse que pointe le suspect, une Winchester, selon lui. Or, sur un enregistrement vidéo, on peut entendre un seul coup de feu tiré avant que les forces de sécurité ne répliquent. Une arme automatique ou semi-automatique, à l'inverse d'un fusil de chasse, aurait permis de tirer plusieurs coups d’affilée.



Sur la photo de Michael Zehaf-Bibeau, on distingue également un parapluie, grâce auquel il aurait pu cacher son arme et s’approcher du Parlement canadien sans se faire repérer. Le journaliste recoupe ces indices auprès de sources policières et décide de publier la photo sur les réseaux sociaux.

Un compte pro-djihadiste la reprend. Le cliché est rapidement repéré par un compte pro-djihad, qui s'en empare et le diffuse à grande échelle. Des médias canadiens repèrent cette activité d'un internaute se disant affilié à l'Etat islamique et pensent que le groupe terroriste est à l'origine de la photo. Une erreur.