Fukushima, plus grave qu'on le pensait

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Fukushima, plus grave qu'on le pensait
Le combustible nucléaire du réacteur numéro 1 a entièrement fondu.@ REUTERS
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Le combustible nucléaire de la centrale japonaise a attaqué le béton de trois des réacteurs.

Plus de huit mois après la catastrophe, on commence à prendre conscience de l'ampleur des dégâts. Le combustible nucléaire des réacteurs 1, 2 et 3 de la centrale de Fukushima, dévastée par un séisme et un tsunami le 11 mars dernier, a rongé une partie du béton de l'enceinte de confinement. La coque en acier n'a cependant pas été endommagée, affirme Tokyo Electric Power, Tepco, l'opérateur de la centrale japonaise, qui a présenté mercredi soir de nouvelles analyses, qui restent inquiétantes.

Le réacteur numéro 1 est le plus touché. D'après les calculs de l'opérateur, le combustible dans ce réacteur a entièrement fondu. Il aurait percé la cuve et attaqué le béton de l'enceinte de confinement sur une profondeur de 65 centimètres. Et par endroits, le combustible nucléaire se trouverait à moins de 40 centimètres de la coque en acier autour du réacteur, elle-même entourée d'un bâtiment en béton.

Impossible d'aller vérifier les dégâts

Dans les réacteurs 2 et 3, qui ont pu être refroidis plus rapidement le jour de la catastrophe, le combustible a fondu en partie seulement. Les dommages seraient donc un peu moins importants : si la cuve a bien été percée, le béton n'a été rongé que sur quelques centimètres. Tepco se veut rassurant et affirme que le processus d'érosion du béton a pu être stoppé grâce à l'eau déversée pour refroidir la centrale.

Il ne s'agit cependant que d'hypothèses : nul n'a pu se rendre sur place pour constater les détériorations à Fukushima, car les rayonnements sont trop élevés. Tepco s'appuie donc sur des simulations informatiques, basées sur des mesures prises à distance. "Il est impossible d'aller regarder à l'intérieur du réacteur, et la plupart des instruments de mesures ne fonctionnent plus", détaille Hioaki Koidi, professeur assistant de physique à l'université de Kyoto, interrogé par le New York Times.

Des hypothèses jugées "optimistes"

Sceptique, il juge les hypothèses de Tepco "globalement optimistes". Ce virulent critique de la communication de Tepco craint depuis le début que la centrale accidentée produise "des fuites radioactives plus importantes". Au final, "personne ne connaît vraiment l'ampleur des dégâts", résume-t-il.

Début novembre, Tepco avait suscité l'inquiétude en annonçant qu'une fission avait pu se produire récemment dans le réacteur numéro 2 de la centrale. L'opérateur a ensuite affirmé que les gaz suspects détectés n'étaient pas issus d'une réaction incontrôlée et qu'il n'y avait donc pas lieu de s'en inquiéter. Si la situation à Fukushima semble à peu près stabilisée, selon les dires de Tepco, la centrale reste cependant à la merci du moindre séisme, très fréquents dans la région.