Front national : radiographie d'un nouveau choc

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Front national : radiographie d'un nouveau choc
Marine Le Pen a atteint son objectif : au soir des européennes, le FN est le premier parti de France.@ REUTERS
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EUROPENNES 2014 - Le parti de Marine Le Pen est arrivé largement en tête dimanche. Un bouleversement.

Voilà des semaines, sinon des mois que le Front national revendique le titre de premier parti de France. Les résultats des élections européennes de dimanche sont venus confirmer cette affirmation. Avec un score annoncé de près de 25%,  le parti de Marine Le Pen est bel et bien arrivé en tête au plan national. Et largement, en plus. L’UMP, qui espérait rivaliser, voir battre la formation d’extrême droite, est au final loin, très loin, avec environ 20% des voix. Et qui dire du PS, piteux troisième avec moins de 15%  des suffrages exprimés, selon les premières estimations.  

Cette situation avait semble-t-il était anticipée au Front national, où des affiches avaient été préparées avant même le résultat du scrutin.



• Une première dans l’histoire de la République
Un part d’extrême droite en tête d’une élection nationale, c’est une première dans l’histoire de la République française. Il y avait bien eu le 21 avril 2002, quand Jean-Marie Le Pen s’était qualifié pour le second tour de l’élection présidentielle, mais le président du FN de l’époque était arrivé deuxième, et avec un score bien moindre, 16,86%. Le séisme est cette fois d’une toute autre ampleur.



Que  retenir des premières estimations?par  Europe1fr

• Un record historique pour le FN
Le Front national a battu plusieurs records dimanche. D’abord, le parti frontiste n’avait jamais obtenu un score de plus de 20% dans une élection nationale. C’est désormais chose faite. Ensuite, le parti de Marine le Pen n’avait jamais autant brillé, et de loin, dans une élection européenne. Son meilleur score datait de 1989, avec 11,73% des suffrages. Un record explosé lors du scrutin de 2014.

Rappel des scores du FN aux élections européennes :

1984 : 10,95 %
1989 : 11,73 %
1994 : 10,52 %
1999 : 5,69 %
2004 : 9,81 %
2009 : 6,34 %



• Une sanction pour Valls
Ce score du FN est aussi une défaite pour Manuel Valls. Le Premier ministre a mouillé la chemise pendant la campagne, avec l’objectif revendiqué de barrer la route au Front national. Son activisme et ses nombreux déplacements n’auront finalement pas eu l’effet escompté, au contraire. Manuel Valls reste populaire dans l’opinion, mais cette défaite presque personnelle pourrait ressembler à la fin d’une sorte d’état de grâce pour le locataire de Matignon.

• Des électeurs qui ont boudé les enjeux européens
Si le FN l'a emporté, c'est aussi parce que ses électeurs se sont mobilisés non pas pour des enjeux européens, mais bien nationaux.Car si une majorité de Français dit avoir voté prioritairement en fonction d'enjeux européens, ce n'est pas le cas pour les électeurs frontistes. Selon un sondage Harris Interactive, 53% des Français (72% des électeurs PS et 54% des électeurs UMP) ont voté d'abord en fonction d'enjeux européens. Un chiffre qui n'atteint que 25% parmi les électeurs FN. 38% des Français (mais 67% des électeurs FN) disent par ailleurs avoir voté pour exprimer leur insatisfaction contre le gouvernement.

• Le mot d’ordre : dissolution
L’offensive du FN sur le gouvernement a commencé dès la divulgation des premiers résultats. Et le mot d’ordre est clair : réclamer la dissolution de l’Assemblée nationale. "Selon nous, il faut aller devant le peuple", a très vite estimé Jean-Marie Le Pen sur France 2. Puis sa fille a pris le relais. "Le président de la République doit à présent prendre les dispositions qui s’imposent pour que l’Assemblée devienne nationale", a lancé la présidente du FN dans une déclaration.  "Que peut faire d’autre le président de la République face à un désaveu aussi lourd ?", s'est-elle interrogée.



• Une baisse de l’influence française en Europe
La victoire du FN, qui pourrait truster près du tiers des 74 eurodéputés français, aura des conséquences concrètes sur le fonctionnement du Parlement. D’abord, le FN, fort de son score, sera l’incontestable leader des eurosceptiques à Strasbourg et Bruxelles. Ensuite, mécaniquement, les partis dits de gouvernement auront moins d’élus au sein des grands groupes. Ce qui se traduira fatalement par une baisse de l’influence française au Parlement.


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