Frédéric Encel : "les rivalités Ryad-Téhéran profitent à Daech"

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Géopolitologue, Frédéric Encel était l'invité lundi d'Europe 1. Il décrypte les tensions récentes entre l'Iran et l'Arabie saoudite. 

INTERVIEW

Géopolitologue, maître de conférence à Sciences Po et auteur de "Géopolitique du Printemps arabe" publié chez PUF, Frédéric Encel explique sur Europe 1 les tensions suscitées par l’exécution samedi de 47 personnes, parmi lesquelles un haut dignitaire chiite, Nimr al-Nimr, qui a embrasé le monde chiite. 

Terroriste ou opposant ? Qui était le dignitaire chiite Nimr al-Nimr, exécuté samedi en Arabie saoudite ?
C'était un homme qui représentait, sur le plan religieux, la minorité chiite, évaluée à 10 ou 15% de la population saoudienne. C'est aussi quelqu'un qui appelait à la liberté religieuse, ce qui n'existe pas à Ryad. C'était d'autre part quelqu'un qui prônait le libre exercice du chiisme au sein de ce régime. L'Arabie saoudite est un régime extrêmement répressif : dès que vous désobéissez à la règle consistant à dire qu'il n'y a qu'une seule confession, vous êtes potentiellement condamné à mort. 

Tout s'est embrasé depuis samedi, l'ambassade d'Arabie saoudite en Iran a été attaquée à Téhéran. Pourquoi ?
Nous assistons à un véritable embrasement entre les deux branches principales de l'Islam. 85 à 90% des musulmans dans le monde sont des sunnites, sur 1,5 milliard de musulmans, et entre 10 et 15% sont chiites. Les deux puissances tutélaires du sunnisme et du chiisme sont respectivement l'Arabie saoudite et l'Iran. Outre sur le plan confessionnel, ce sont des pays qui sont également rivaux sur le plan institutionnel, et sur le plan énergétique. 

L'Arabie saoudite a rompu ses relations diplomatiques avec l'Iran. Une guerre Iran-Arabie saoudite est-elle possible ?
Ma réponse est non. L'Arabie saoudite ne se bat pas, elle n'a pas de troupes au sol et est sous protection des Etats Unis. L'Iran aurait bien tort de tenter l'aventure puisqu'il a signé en juillet un accord nucléaire qui va lui permettre de toucher en deux ans la bagatelle de 140 milliards de dollars lourds pour construire des avions, des bateaux, des raffineries, mais certainement pas pour faire la guerre à l'Arabie saoudite. J'ajoute qu'il n'y a pas de frontières entre les deux pays. 

Y-a-t-il un désaccord entre Ryad et Téhéran sur la coalition contre l'Etat Islamique ?
La Syrie cristallise les rivalités entre ces deux pays. L'Arabie saoudite ne soutient plus Daech mais je rappelle que le régime saoudien a été la matrice à la fois financière et idéologique de Daech. Il ne le soutient plus parce que Daech se retourne contre son créateur. Le monstre se rebelle. Ces rivalités servent Daech, mais en même temps, comme tout mouvement fanatique de type apocalyptique, Daech a considéré que la terre entière était son ennemie. Daech s'est attaqué à tout le monde, et c'est pour ça qu'ils vont finir par perdre.