François, ce pape qui ne craint rien

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François, ce pape qui ne craint rien
Le pape François est coutumier des déplacements dans des zones "à risques".@ FADI AROURI / POOL / AFP
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Le pape François débarque au Mexique vendredi et désire se rendre dans plusieurs zones réputées sensibles, de Ciudad Juarez au Michoacan. 

Plus de 10.000 personnes y ont été tuées depuis 2008 : c'est pourtant là, à Ciudad Juarez, la ville-frontière la plus sulfureuse au monde, que le pape François achèvera le voyage qu'il démarre au Mexique ce vendredi. Les forces de l’ordre sont sur les dents, car il veut y célébrer la messe à côté du grillage frontalier, en partie sous contrôle du narcotrafic. Il s'agit là d'un défi sécuritaire d’envergure, d’autant que les fidèles suivront la messe des deux côtés de la frontière. Imprévisible et instinctif, le souverain pontife voyage régulièrement dans des zones réputées sensibles. Retour sur les voyages les plus mémorables de ce pape qui déteste les voitures blindées et qui rêve d'une vie sans garde du corps. 

Au Mexique, des dispositifs de sécurité draconiens. Des millions de Mexicains sont attendus dans les prochains jours sur les routes du pays pour accueillir et accompagner les longs déplacements en papamobile promis par le Pontife argentin. "Je désire venir comme missionnaire de la miséricorde et de la paix (...) Je veux être le plus proche possible de vous, mais d'une façon spéciale de ceux qui souffrent", a-t-il affirmé dans un message vidéo envoyé lundi aux 120 millions de catholiques mexicains. Son itinéraire devrait notamment traverser l'Etat du Michoacan, en partie sous contrôle du narcotrafic, et s'achever à Ciudad Juarez, à la frontière américaine, où il rencontrera des victimes des gangs armés. Voilà qui promet de belles sueurs froides pour les forces de l'ordre. 

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© DERRICK CEYRAC / AFP


Des favelas au mur israélo-palestinien, "un pape ingérable". Jorge Bergoglio, qui fêtera ses 80 ans décembre prochain, n'en est pas à son premier déplacement en terrain déconseillé. Pour son premier voyage en tant que souverain pontife, il avait multiplié les rencontres avec les jeunes réunis à Rio de Janeiro pour les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), mais aussi avec les habitants d'une favela, d'anciens drogués ou des détenus. "Il n'aime pas qu'on le traite comme une star", expliquait à Europe 1 son porte-parole Federico Lombardi peu après son accession au trône du Vatican en 2013. Dès son intronisation, le pape François avait donné le ton en fendant un cordon de sécurité pour aller au-devant de la foule sur la Place Saint-Pierre. "Ce n'est pas un pape gérable", s'était alors désolé un des gendarmes rattaché à sa protection.

 
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© GIUSEPPE CACACE / AFP

Un goût prononcé pour le contact avec les foules et les fidèles. C'est précisément ce goût spontané pour le contact avec les foules qui donne du fil à retordre à ses services de protection. Ainsi, lorsqu'à l'automne 2015  le souverain pontife exprime le souhait d’aller en Centrafrique, l'Otan et l'armée française présente sur place essayent de l'en dissuader. De vifs affrontements inter-communautaires entre des milices Séléka, à majorité musulmane, et anti-balaka, à dominante chrétienne, déchirent le pays depuis 2013. Qu'à cela ne tienne, le pape se rend en décembre dans le PK-5, un quartier exposé de Bangui, repère notoire des miliciens de la Séléka. "Le message du pape au monde musulman à Bangui, c'est de rejeter toute justification de la violence au nom de Dieu", expliquait alors le père Lombardi. Une visite sans encombre mais qui a mobilisé plus de 4.000 gendarmes et soldats. 

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© FADI AROURI / POOL / AFP


Un pape qui trouve toujours un moyen de contourner les interdits. Pour sa venue en terre sainte en 2014, le Shin Beth (service de sécurité intérieur) avait déployé à Jérusalem un impressionnant dispositif baptisé "opération soutane blanche" et composé de 8.500 agents dans les rues et 320 caméras de surveillance. Impossible pour le pape de s’adonner au moindre bain de foule, d’autant que les rues avaient été vidées au grand regret des fidèles israéliens. Mais le pape s’est néanmoins accordé un moment de liberté improvisé lors de son voyage, en faisant un arrêt imprévu devant la barrière de séparation israélienne en Cisjordanie. A Bethléem, lieu de naissance de Jésus selon la tradition chrétienne, le pape a ignoré les consignes de sécurité qu’il avait reçues en descendant de sa voiture découverte pour effectuer une halte de quelques minutes au pied de ce haut mur de béton. La photo, à forte teneur symbolique, a immédiatement fait le tour du monde, scellant l’image d’un pape imprévisible.