"Face à l'Etat islamique, nous sommes dans une guerre totale”

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INTERVIEW  E1 - Le général Dominique Trinquand revient sur le rapport de force entre l’Etat islamique et la coalition internationale, au lendemain de l'exécution d’un otage américain. 

Le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire auprès des Nations Unies, est revenu lundi sur l’exécution de l’otage américain, Peter Kassig, par l'organisation Etat islamique*. Invité d’Europe1 lundi, le général a expliqué que l'organisation de l’Etat islamique, affaibli, ne pourrait être vaincu sans combat au sol. 

La coalition internationale est-elle aujourd’hui en situation d’échec face à l’Etat islamique ? 

Je crois qu’au contraire, cette coalition, qui a pris du temps à se mettre en place, a mis l'organisation de l’Etat islamique dans la difficulté. C’est pourquoi le groupe a réagi de cette façon. Même si l’exécution de Peter Kassig avait été annoncée, c’était malheureusement ce qui était prévu.

L’exécution dans la foulée des 18 soldats syriens précède une menace sur les soldats américains. Le président américain Barack Obama a rappelé qu’il y avait 1.500 soldats américains présents, et il n’a pas exclu une intervention. 

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Dans la communication de l'organisation de l’Etat islamique, le fait d’avoir exécuté ces soldats syriens serait donc une menace directement adressée aux troupes américaines ?

Exactement. Et regardons bien la chronologie : ceci arrive après un échec annoncé à Kobané, où les Kurdes ont repris un peu de terrain, après les frappes importantes de samedi. 

Deuxième échec pour l'organisation de l’Etat islamique : la raffinerie irakienne de Baiji a été reprise samedi. Petit à petit, un certain nombre d’objectifs des djihadistes sont repris.

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L’organisation de l’Etat Islamique peut-il être battu sans combat au sol ? 

Le combat sera gagné au sol. Qui y combattra ? C’est une autre affaire. A Kobané, on voit que ce sont essentiellement les Kurdes. En Irak, ce sont essentiellement des milices chiites. 

Nous sommes dans une guerre totale, y compris chez nous. Sur les vidéos, on voit un certain nombre de djihadistes qui sont en fait des Européens, dont, semble-t-il, un Français. Nous ne ferons donc pas l’économie de cette guerre. Nous devons réagir et réagir fort face à ces menaces. 

Nous allons être obligés de faire un certain nombre d’actions très ciblées, avec des forces spéciales. La masse de la manœuvre peut être fournie par l’armée irakienne, mais des actions peuvent être menées soit par la coalition, par des moyens aériens, ou par des moyens au sol. 

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*Nous avons choisi cette dénomination pour bien faire la distinction entre l'Etat islamique autoproclamé, non reconnu en tant que tel, et d'autres Etats qui bénéficient de toutes les caractéristiques nécessaires pour prétendre à ce statut.