"Fabulous Fab" : la finance face aux juges

  • A
  • A
"Fabulous Fab" : la finance face aux juges
@ REUTERS
Partagez sur :

Lundi s’ouvre à New York le procès du trader français Fabrice Tourre, incarnation des excès de Wall Street.

C’est un peu le procès de la crise financière de 2008 qui s’ouvre à New York. Fabrice Tourre, un ancien courtier de la banque Goldman Sachs, est jugé à partir de lundi par un tribunal de Manhattan pour "fraude" lors de la vente d’un placement financier complexe début 2007. Fabrice Tourre, 28 ans au moment des faits, est devenu l’incarnation des excès de Wall Street, notamment en raison de son attitude arrogante.

Le placement Abacus. Début 2007, Fabrice Tourre, surnommé "Fabulous Fab", ou "Fab le fabuleux", conçoit chez Goldman Sachs un placement baptisé Abacus, basé sur des dérivés d’emprunts immobiliers à risque. Ce que le Français omet de préciser aux acheteurs, c’est que le fonds spéculatif Paulson en avait influencé le contenu et spéculait à la baisse dessus. La juge Katherine Forrest, a résumé les charges contre lui en une phrase : "Tourre a donné au petit chaperon rouge une invitation à se rendre chez sa grand-mère, en dissimulant le fait qu’elle était écrite par le grand méchant loup". Parmi les acheteurs d’Abacus, la banque allemande IKB, première victime de la crise des subprimes outre-Rhin, ainsi que la Néerlandaise ABN Amro. Lundi, "Fabulous Fab" va comparaître seul devant la justice américaine : son ancien employeur a lui aussi été visé par une plainte de la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme boursier américain. Mais Goldman Sachs a préféré passer un accord à l’amiable pour un montant de 550 millions de dollars, en 2010.

Logo de Goldman Sachs, bandeau 400-REUTERS

Un fêtard arrogant. Diplômé de l’Ecole centrale de Paris et de l’université de Sanford, Fabrice Tourre est entré chez Goldman Sachs juste après la fin de ses études. Son attitude suffisante avait choqué au moment de la révélation de l’affaire. Les médias américains ont ainsi épinglé le style de vie de ce fêtard, qui organisait des soirées dans son appartement new-yorkais à 4.000 dollars par mois. Dans des e-mails transmis par la banque aux médias, il comparait ses produits à de petits "Frankenstein", allant jusqu’à ironiser sur "les pauvres petits emprunteurs peu solvables" qui ne "vont pas faire de vieux os". "Fabulous Fab" plaisantait aussi sur le fait qu’il vendait des produits toxiques à "la veuve et l’orphelin", note le New York Times. Et dans un e-mail envoyé à sa petite amie, le trader expliquait, peu avant l’éclatement de la crise financière de 2008 : "tout est sur le point de s’écrouler… Seul survivant potentiel, Fab le fabuleux, au milieu de tous ces produits complexes et exotiques qu’il a créé sans vraiment comprendre toutes les implications de ces monstruosités".

> RETOUR SUR : Quand les traders perdent la tête

Humanitaire au Rwanda. Le procès du Français devrait durer deux à trois semaines. Fabrice Tourre risque gros : la SEC réclame en effet le remboursement des gains mal acquis, en plus du paiement d’une amende. S’il est condamné, "Fab le fabuleux" encourt également une interdiction d’exercer son métier. Il a de toute façon changé de voie depuis l’affaire : après avoir travaillé un temps dans l’humanitaire au Rwanda, il s’est inscrit en doctorat à l’université de Chicago, où il va enseigner… l’économie.