Exécuté au Texas entouré de ses "parents" français

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Exécuté au Texas entouré de ses "parents" français
@ REUTERS
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Rickey Lewis a été soutenu par un couple de Montpelliérains engagé contre la peine de mort.

Il les appelait "mum and dad" - papa et maman. Rickey Lewis, un noir Américain, âgé de cinquante ans dont dix-neuf dans le couloir de la mort au Texas, a été exécuté dans la nuit de mardi à mercredi. Dans la salle, un couple de Montpelliérains, Danièle et René Sirven, ont assisté à l’injection létale. Ils avaient promis à Rickey Lewis qu’ils seraient là jusqu’au bout.

"Ils se rendaient au Texas plusieurs fois par an"

Ce couple de septuagénaires milite depuis des années contre la peine de mort. "Ils lui écrivaient depuis dix ans", a confié Colette Berthes, présidente de l’association Lutte pour la Justice (LPJ) dans laquelle milite le couple. "Ils se rendaient au Texas plusieurs fois par an pour le voir", a-t-elle précisé, interrogée par Europe1.fr.

Rickey Lewis avait été condamné à mort en 1994 pour le meurtre quatre ans plus tôt de George Newman, 45 ans, lors d'un cambriolage à Tyler, suivi du viol de la compagne de la victime.

Dans ses dernières paroles "vibrantes", le condamné les a encore appelés "momma and daddy", comme il le faisait à l'occasion de leurs visites. "Il s'était accroché à ce lien quasi-parental spirituel qui nous reliait, une manière de s'approcher du grand passage", a confié René Sirven.

"Un guide spirituel"

A travers "une sorte de code" établi entre eux avant l'exécution, le couple lui a fait des "signes pour lui dire de monter dans les hauteurs", peu avant l'injection du produit mortel, a confié Danièle Sirven. "Le couple, très croyant, a joué auprès de lui un rôle de guide spirituel", a expliqué la présidente de l’association, à Europe1.fr.

"Je ne suis pas un meurtrier", a, de son côté, proclamé le condamné, couché les bras en croix et solidement sanglé avec des lanières. "Laissez sortir la vérité pour que je ne sois pas mort en vain", a-t-il dit, selon les autorités de la prison.

Les "incohérences" de l’enquête

Dans leur blog, le couple Sirven a dénoncé les "incohérences, les injustices et les zones d'ombre de la procédure". D'après l'angle de tir de la balistique, "le meurtrier devait mesurer au moins 1,78 m". Or, "Rickey-Lynn mesure seulement 1,60 m", y écrivent-ils. "Il était sur les lieux mais il ne peut pas avoir tiré", a complété René Sirven, par téléphone.

"Rickey était d'une famille très connue des services de police à Tyler, une famille très marginale", "un enfant des rues, complètement analphabète", a-t-il dit, ajoutant que le condamné lui avait encore confié le matin de son exécution qu'il "suivait les autres comme un petit chien". "Il n'y a jamais eu d'enquête approfondie". Son nouvel avocat, recruté par le couple français, avait ensuite plaidé le retard mental jusque devant la Cour suprême qui a interdit l'exécution des condamnés souffrant de troubles mentaux. Mais la plus haute juridiction du pays a rejeté son ultime appel le 1er avril.

Danièle Sirven a parlé de cette exécution comme d'un "homicide légal", d'une "machine bien huilée, "l'étrangeté et la douleur absolue". Le couple de septuagénaires a envoyé un mail à l’association quelques heures seulement après l’exécution, pour faire part de sa peine. "Il est mort notre petit Rickey avec une magnifique force en disant son innocence, son amour pour nous", ont-ils écrit, ajoutant,"les bourreaux légaux sont à plaindre, ils ont fait un travail indigne... Nous, nous avons vu la "violence pure" la violence des hommes à l'oeuvre. Ce soir nous avons besoin de repos. MERCI à tous".