Ex-espion empoisonné à Londres : "Le timing n'est pas très bon pour la Russie"

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Alors que le torchon brûle entre Londres et Moscou, Tatiana Kastouevea-Jean, directrice du Centre Russie de l’IFRI, estime sur Europe 1 que Vladimir Poutine est pris entre deux feux, à la veille des élections et du Mondial.

INTERVIEW

Après l'ultimatum, les sanctions. Expulsion de 23 diplomates russes, suspension de toute rencontre de haut niveau entre le Royaume-Uni et la Russie, boycott diplomatique de la Coupe du monde… Theresa May a franchi mercredi un nouveau pas dans le bras de fer qui l'oppose à Moscou, dix jours après l'empoisonnement d'un ancien espion russe sur le sol britannique. Quatre jours, surtout, avant l'élection présidentielle russe. Et trois mois avant le Mondial de football organisé au pays des Tsars. "Le timing n'est pas très bon pour la Russie", relève sur Europe 1 Tatiana Kastouevea-Jean, directrice du Centre Russie de l’Institut français des relations internationales.

"Poutine est entre le marteau et l'enclume". "Ce n'est pas vraiment la période où la Russie voudrait aller à une confrontation direct avec l'Occident", explique l'auteure de La Russie de Poutine en 100 questions. Si Moscou annonce déjà des mesures de riposte, "Vladimir Poutine est entre le marteau et l'enclume", analyse la spécialiste au micro d'Europe Soir. "Il a à la fois besoin de signes d'apaisement… Et en même temps, dans les conditions actuelles, il ne peut pas se permettre d'avoir une réponse molle par rapport à son électorat".

Entendu sur Europe 1
Si la Grande-Bretagne le veut, les réponses peuvent être très douloureuses pour la Russie

L'expulsion de diplomates, "un acte assez classique". Reste à savoir, donc, quelle sera la réponse russe. Quelles seront, aussi, "les vraies mesures prises par Theresa May, au-delà de la rhétorique", souffle Tatiana Kastouevea-Jean. "C'est très fort d'expulser les diplomates, mais finalement, c'est un acte assez classique", étaye la spécialiste, qui rappelle que Barack Obama avait lui aussi expulsé, fin 2016, 35 diplomates russes accusés d’ingérence dans la présidentielle américaine. À l'époque, Vladimir Poutine avait choisi de ne pas répliquer. Mais, poursuit Tatiana Kastoueva-Jean, "si la Grande-Bretagne le veut, les réponses peuvent être très douloureuses pour la Russie", dont beaucoup d'oligarques et d'hommes d'affaires sont présents sur le sol anglais.

Moscou "paye énormément de choses qui se sont passées dernièrement". Mercredi, Theresa May s'est en tout cas montré offensive, en jugeant l'État russe "coupable de la tentative de meurtre" ayant visé Sergueï Skripal, 66 ans, et sa fille Ioulia, 33 ans. Réponse des Russes : "Moscou n'admet pas les accusations sans preuves et non vérifiées". Selon Tatiana Kastoueva-Jean, "d'une manière générale, la Russie paye énormément de choses qui se sont passées dernièrement, notamment depuis l'annexion de la Crimée. Toute cette posture de nier en bloc à chaque fois et de dire 'ce n'est pas nous' a fait qu'on lui attribue aujourd'hui directement la faute, presque sans chercher quels sont les vrais motifs et les vraies raisons". À la demande de Londres, le Conseil de sécurité s'est réuni mercredi soir.