États-Unis : le mur budgétaire, et après ?

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États-Unis : le mur budgétaire, et après ?
Faute d'accord entre Républicains et Démocrates sur le futur budget de l'Etat, le "fiscal cliff", "mur budgétaire", deviendra inévitable.@ Brendan McDermid / Reuters
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Que prévoir si l'Amérique ne s'accorde pas sur le "fiscal cliff"? Récit d'un scénario catastrophe.

Le contexte. L'horloge tourne et l'heure fatidique se rapproche aux États-Unis. Outre une nouvelle année, c'est une nouvelle cure d'austérité, l'une des pires de l'histoire du pays, qui pourrait s'imposer lundi soir à minuit. Faute d'accord entre Républicains et Démocrates sur le futur budget de l’État, le "fiscal cliff" deviendra inévitable. Ce "fiscal cliff", le mur budgétaire en bon français, consiste en un plan de rigueur drastique adopté il y a dix-huit mois pour éviter que la dette américaine ne dépasse 100% du PIB. Un plafond qui sera crevé dans les prochains jours si rien n'est fait. Le plan se déclenchera automatiquement lundi soir à minuit, faute d'une nouvelle loi. Or les négociations patinent.

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De (très) rudes hausses d'impôt. Le "fiscal cliff" prévoit, au total, une hausse des prélèvements de 500 milliards de dollars, dont une forte partie dès le 2 janvier. En l'absence d'accord, 90% des Américains se réveilleront ainsi mercredi avec une augmentation de l'impôt sur le revenu. Les taux du barème seront relevés à 15 %, 28 %, 31 %, 36 % et 39,6 %, contre 10 %, 15 %, 25 %, 28 %, 33 % et 35 % aujourd'hui. L'adition devrait s'élever à 2.000 dollars par an pour un ménage moyen. Autres coûts durs : les cotisations salariales pourraient grossir de 2% et les droits de succession augmenter considérablement, à 55 % au-delà de 1 million de dollars contre 35% au-delà de 5 millions aujourd'hui.

Les riches paieraient chers la note. Les contribuables les plus aisés seraient rudement mis à contribution avec le fiscal cliff. Le mur budgétaire prévoit également une forte hausse de la fiscalité des revenus du capital et des dividendes. Le taux d'imposition des revenus tirés des investissements à long terme passerait ainsi de 15 % à 20 % pour les revenus supérieurs à 200.000, et de 0 à 10% pour les revenus inférieurs. Et ce n'est pas tout. L'imposant mur prévoit la mise en place de l'"alternative minimum tax", un dispositif qui empêche les contribuables aisés d'élaguer leur impôt en multipliant les niches fiscales. Pas moins de 100 millions de foyers devraient être concernés.

1.200 milliards de baisse des dépenses. Le mur ne tombera pas que sur les impôts, bien au contraire. Faute d'accord, un plan monstrueux de 1.200 milliards de coupes budgétaires s'abattra sur tous les ministères du pays et leurs fonctionnaires. Les diverses agences nationales et militaires auront jusqu'à la fin de septembre (fin de l'année fiscale) pour appliquer les coupes. Le coût social? Une suppression de centaines de milliers d'emplois, de l'avis de plusieurs économistes. Cette hausse du nombre de demandeurs d'emplois s'accompagnerait d'une baisse drastique des allocations. Deux millions de chômeurs risquent ainsi de perdre leurs indemnités au 2 janvier, et un million de plus dès avril. Ultime conséquence des coupes : les revenus versés par l'Etat aux médecins, censés les inciter à soigner des patients pauvres, pourraient baisser de 27%.

Une dégradation de l'économie en vue. Ce choc de rigueur risque, selon les économistes du bureau du budget du Congrès, de faire reculer le PIB de 0,5% en 2013 sur fond de flambée du chômage (9,1% contre 7,7% actuellement). Une perspective qui risque de conduire les investisseurs à faire flamber les taux d'emprunts aux Etats-Unis, et plonger le pays dans une spirale infernale.