Etats-Unis : comment une étude erronée de 1998 relance la rougeole en 2015

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Etats-Unis : comment une étude erronée de 1998 relance la rougeole en 2015
@ AFP/ FREDERIC J. BROWN
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SANTÉ - La rougeole éradiquée aux Etats-Unis fait son grand retour. Derrière cette explosion du nombre de cas, la crainte de l’autisme suscitée par une étude fausse, qui a poussé à une non vaccination. 

Disneyland, le paradis des bambins. Sauf quand ils sortent du parc d’attraction porteur d’un virus potentiellement dangereux. C’est ce qui est arrivé au mois de décembre en Californie, pour une quarantaine d’enfants qui ont attrapé la rougeole après leur visite chez Mickey. Une recrudescence de cas étonnante lorsque l’on sait que les Etats-Unis ont réussi à éradiquer cette maladie il y a quinze ans. Il faut dire qu'au moins la moitié des rougeoleux de Disney n'étaient pas vaccinés.

Depuis 2011, le nombre de cas de rougeole a été multiplié par six aux Etats-Unis, selon le Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC), l’équivalent de l’Institut de veille sanitaire en France.

Le vaccin et l’autisme. A l’origine de cette baisse de la vaccination, on trouve une étude de 1998, publiée dans la très sérieuse revue médicale The Lancet. Elle note un lien entre la vaccination ROR (rougeole-oreillons-rubéole) et des cas d’autisme.

Une équipe d’une dizaine de chercheurs co-signe cet article scientifique. Parmi eux, le médecin Andrew Wakefield qui cristallise les critiques. L’étude analyse les cas de douze enfants, vaccinés avec l’injection ROR une première fois à 12 mois et une seconde fois aux alentours de 5 à 6 ans. Les résultats montrent que ce vaccin en particulier altérait leur système immunitaire, provoquant des lésions intestinales et parfois, des dégâts neurologiques. D’après cette étude portant uniquement sur des patients à trouble comportemental, huit enfants vaccinés ont développé des troubles autistiques dans les jours suivant les injections.

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Vaccin ROR

© AFP/GETTY IMAGES/JOE RAEDLE

Jetée aux ordures douze ans plus tard. La publication de cette étude a convaincu les sceptiques de la vaccination. Mais en 2004, le journaliste Brian Deer lance l’alerte sur la méthodologie de cette étude, dans un article publié dans le Sunday Times, dont le British Medical Journal se fait l’écho. Il affirme que les données ont été faussées et qu’il est possible que certains enfants aient été écartés de l’étude. Il cite également le père d’un des enfants, qui affirme qu’Andrew Wakefield a volontairement occulté le fait que son fils avait des symptômes d’autisme bien avant sa vaccination. Douze ans après la première publication, The Lancet retire l’article. Le British Medical Journal en parle comme d’une étude "frauduleuse". Les autorités britanniques ont retiré à Andrew Wakefield ainsi que d’autres auteurs son droit d’exercer la médecine. En 2007, le British Journal of General Practice affirmait qu’aucune étude n’avait réussi à prouver un lien entre l’autisme et la vaccination ROR.

Ces nouvelles études n’ont pas arrêté le scepticisme entourant ce vaccin, aux Etats-Unis comme ailleurs dans le monde. Les plus réticents – qui forment parfois des communautés très actives - évoquent d’autres études arrivant aux mêmes conclusions qu’Andrew Wakefield, contrairement à ce que dit l’article du British Journal of General Practice. Astrid Vabret, directrice du Centre national de référence de la rougeole et des paramyxoviridae respiratoires humains, estime que "cette peur n’a rien de rationnel". " Les réticents à la vaccination ont beaucoup d’arguments qui ont chacun très peu de valeur", explique-t-elle à Europe 1, citant l’expression de "mille-feuille argumentatif" du sociologue Gérald Bronner.

Des "poches" de non-vaccinés. Parmi les malades non-vaccinés de Disneyland, difficile de savoir combien sont les réticents. Si globalement, le taux de couverture vaccinale est relativement élevé aux Etats-Unis, certaines villes, certains quartiers ou certaines communautés y échappent, soit par manque d’accès aux structures de soin, soit par réticence. Il existe, comme en France, des "poches" de non-vaccination.

Problème : pour que la totalité de la population soit protégée contre la rougeole, le taux de couverture vaccinale doit être de 95 %. Cette maladie est en effet extrêmement contagieuse. Chaque rougeoleux est susceptible de transmettre le virus à 15 personnes, qui elles-mêmes le transmettront à 15 personnes, etc. Ce qui explique comment autant d’enfants ont pu attraper la rougeole à Disneyland. "Les vieux pédiatres avaient l’habitude de dire ‘passez devant la chambre d’un rougeoleux et vous attraperez la rougeole’", image Astrid Vabret. "Si le taux de couverture vaccinale était suffisant, la maladie ne serait pas revenue" aux Etats-Unis, dit-elle. Le principal problème, selon elle, réside dans l'efficacité du vaccin. Au bout d’un moment, quand il "devient trop efficace, le vaccin devient le méchant", explique la chercheuse française, qui souligne que la crainte des possibles effets secondaires prennent le pas sur la peur du virus. A force de ne plus voir la maladie, on oublie qu’elle est dangereuse. 

>> Voir aussi la question santé du Dr Kierzek sur la rougeole : 



La rougeolepar Europe1fr